Quand tu as vu le sauvage de très près, rien n’est plus pareil.
Pour ceux qui se font manger c’est drôlement vrai, et pour ceux qui sont restés à la juste distance ça l’est tout aussi bien ; un souffle passe qui te remet dans le chemin creux de ce qui est notre tréfonds vibratile, aussi constitutionnel que les amines de notre plus intime chimie.
Une fois rejoint, le sauvage t’accompagne au fil du temps restant sans te lâcher d’un pas. Tu es cuit pour le civilisé et ce n’est pas si mal ; comme un chat de gouttière qui pique à l’occasion dans la gamelle du gros matou chaponné.
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Bien sûr ce n’est plus possible de vivre avec ces chats ; ni le sauvage léopard qui fait regimber le grand éléphant sous le crochet du cornac moustachu, ni celui des appartements douillets abondamment garnis de croquettes.
Alors ce sont errance et ruses de Sioux qui t’attendent dans cet entre-deux, pour le restant de tes petits soleils ; plongé dans un monde où ces deux se côtoient et s’ignorent tu gardes tes distances et te tiens, funambule sur un fil les reliant ; ne surtout pas tomber.
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Le voyageur fait ça : s’élancer et rebondir de sauvage en civilisé. Il n’est jamais rivé, même s’il en a tout l’air depuis des générations. Je m’en rends compte depuis quelques après-midis passées en compagnie de James qui bien que manouche, a nettement moins de bornes au compteur que moi et partage pourtant le même frisson quand nous parlons de nos ailleurs de rêve à l’atelier, au milieu des machines désossées et des écrans scintillants.
Là, nous sommes au cœur de notre craton antique dans la jungle indienne qui nous attire comme un aimant géant et deux léopards rôdent à l’entour. Et quand un client survient nous faisons comme si de rien n’était.
Au dessus de nos têtes les deux matous de la maison roupillent sur le canapé à côté des pots de plantes tropicales attendant sagement leur grande sortie de printemps sur la terrasse.




Filer doux
C’est dedans que ça se passe.
Dehors c’est chaud, c’est sale et les mouches collent aux commissures.
Cagnard-poussière ou blizzard d’enfer via la moite touffeur, chacun selon sa latitude a droit à son lot d’intempéries.
Alors rien de mieux qu’une bonne incruste à la maison en attendant que les éléments daignent se tempérer.
Tel les termites nous passons le plus clair de notre temps à l’ombre ; c’est là que s’élaborent au mieux nos élixirs de sapience, les sucs de notre race.
C’est dedans, après avoir tombé les outils du jour, que les vieux fourbus instruisent la jeunesse des plaisirs et dangers du vaste et tempétueux dehors.
En s’approchant de l’huis on entend de gais babils et puis parfois des rodomontades et des ronflons de grosses voix… et des claquements de dents de lait dans le lointain comme des castagnettes. C’est le son de l’éducation, qui ressemble à s’y méprendre à celui d’une bouteille pleine se déversant à gros glouglous dans une fiole vide… et plus le niveau monte, moins ça fait de bruit…
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Homère, post muméro 45839 sous le précédent billet : (cliquez longuement pour aller le lire dans son contexte) :
Ce serait un chouette thème de discussion, l’éducation des mômes : comment chacun fait ou a fait avec les siens, et ce que ça donne, et ce résultat, que doit-il − à l’éducation formellement transmise – aux qualités des mômes – à ce qu’ils ressentent de la façon de vivre et de penser des adultes autour d’eux – à la stimulation de leur propre intelligence/curiosité/créativité… etc…
Quand j’explique un truc à la mienne, j’en arrive toujours naturellement à relativiser l’information transmise, en lui expliquant que bon, on pense que c’est comme ça mais peut-être qu’on trouvera un jour une meilleure explication puisque de toute façon il est impossible de tout expliquer. Et ça la rassure vachement de savoir que rien n’est absolument certain.
Pour l’autorité et la discipline, je lui explique que pas de bol, c’est comme ça, je suis le chef et en attendant elle ne peut rien faire d’autre que de m’obéir, même quand je suis très con, et quand je serais décati, ce sera l’inverse…
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Billet-express de nuit pas prévu au programme, mais vu l’abondance de commentaires sous le précédent, mieux vaut continuer la causette sous celui-ci.
C’est parti.
Top banzaï !
[hurlement de turbines en piqué dans le lointain]