BLEU BRUN ROUGE


Décret no 2010-835 du 21 juillet 2010 relatif à l’incrimination de l’outrage au drapeau tricolore

« De l’outrage au drapeau tricolore
« Art. R. 645-15. − Hors les cas prévus par l’article 433-5-1, est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe le fait, lorsqu’il est commis dans des conditions de nature à troubler l’ordre public et dans l’intention d’outrager le drapeau tricolore :
« 1o De détruire celui-ci, le détériorer ou l’utiliser de manière dégradante, dans un lieu public ou ouvert au public ;
« 2o Pour l’auteur de tels faits, même commis dans un lieu privé, de diffuser ou faire diffuser l’enregistrement d’images relatives à leur commission.
« La récidive des contraventions prévues au présent article est réprimée conformément aux articles 132-11 et 132-15. »
Art. 2. − Le présent décret est applicable sur l’ensemble du territoire de la République.
Art. 3. − La ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, est chargée de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait à Paris, le 21 juillet 2010.

Par le Premier ministre : FRANÇOIS FILLON
La ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, MICHÈLE ALLIOT-MARIE

***

Je ne me torche pas avec le drapeau par manque de moyens : mon indigence me met à l’abri des lettres de cachet et des décrets scélérats attentant à ma liberté d’expression que j’entends bien exercer pourtant en toute légalité au pays de la Liberté éclairant le monde.

C’est pourquoi j’ai adopté le drapeau du Népal : il est pas cher du tout vu le taux de change avantageux de la roupie et porte fièrement les trois mêmes couleurs que celui du pays dans lequel je réside actuellement. Et puis j’en ai un à la maison1 .

Mais il n’est pas pratique : étant le seul drapeau national non rectangulaire de la planète, j’ai dû le modifier un tantinet pour des raisons pratiques que tout un chacun comprendra aisément. Or comme je n’avais à disposition qu’une tenture en coton imprimé arborant fièrement le flambeau de la Liberté de la statue monumentale de Bartholdi accrochée au mur du petit salon, j’ai sorti mes gros ciseaux et la boîte à couture… et une petite heure plus tard je m’extasiai devant mon petit chef-d’œuvre : le drapeau national du Mamisthan − pays surgi à l’instant même de mon imagination bouillonnante pour l’occasion.

Maintenant je vais enfin pouvoir parachever mon œuvre de l’esprit en toute liberté − laquelle est assurée de plein droit à  tout artiste dûment pourvu de la nationalité française sur le territoire national − et me rendre aux waters où je filmerai la scène finale de ma performance artistique, afin de la diffuser en privé à mes amis déconnologues et épater la galerie.

Advienne que pourra, alea jacta est et tout le tralala.

  1. De l’Horreur©, ça va de soi.
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Pas sage prothésé

Tout à l’heure je me suis soudain rendu compte en papotant Ici qu’on avait gravement dépassé le seuil des 600 commentaires sous le dernier billet… au delà, la page met trois plombes à se charger et pour les vieilles bécanes c’est l’enfer. Mais comme cette colonne unique est une des signatures de l’Ici, faut que je ponde des billets à toute berzingue pour remédier à cet inconvénient vu comment qu’on est des gros bavards…

***

Alors comme not’ Ben85 avait commencé à dire du mal1 du dernier article de Mouloud Akkouche sur Rue89 (canard mormonoïde) dès la veille vers midi et qu’on lui avait embrayé le pas en bande organisée, et qu’on avait tous été lire cet article consternant à plus d’un titre, et que nos familles en eurent fait de même et ressorties avec des mines blêmes et des regards hagards… j’ai eu pitié de Ben85 qui me poussait au cul pour que je me fende d’un billet sur cet article nul à chier, et une furieuse envie de venger ma p’tite famille et celles des popains d’avoir ainsi été chiffonnés par ce vilain gruau de mots semés au pif…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Mouloud Akkouche écrit avec ses pieds. Je pourrais bien m’en foutre, mais non : ça en rajoute à la confusion générale, déjà sévère. Comme on a déjà bien gerbé en meute sur la forme et le fond sous le billet précédent et dans la Rue (dm), je vais m’attaquer à son substrat couantique© : dans quelle époque on vit.

Monsieur Akkouche est comme tout plein de messieurs et de mesdames qu’on voit partout autour de nous : bionique. Une prothèse pour ci, une prothèse pour ça, des prothèses pour tout. Sainte Prothèse2 , pensez pour eux !

À la quatrième phrase, pof : « Mais aussitôt, ma prothèse féministe envoya une alerte à mon cerveau : « Attention machisme ! »

La suite n’est que lugubre branlette et mol remous de concepts d’une rare stupidité, contraires en tout à l’art de se fendre la poire entre gens de bien. Parce que le sujet de son article est le Rire Gras. Et monsieur Akkouche en bon mormonoïde, est super emmerdé parce que ces trucs-là c’est sale et qu’il sait pas comment le dire.

Le cul oui, mais avec des petits chapeaux en caoutchouc et avec des pincettes. Le papier-cul sans douleur pour tous : il aimerait tant en parler mais c’est mal. Il ne sait pas comment s’y prendre, monsieur Akkouche : ça pue, un cul. On a beau faire, l’odeur de merde finit invariablement par se sublimer et franchir l’entre deux lunes et remonter aux naseaux, nous rappelant chaque jour passant notre fibre animale… et que ces animaux n’aiment rien tant qu’à se renifler la raie chacun-chacune ainsi que douzils et génitoires y afférents et se réjouir hautement de toutes manières et façons en riant gras et bien fort. Pour ce que le cul est le propre du rire…

Or monsieur Akkouche et tous les pied-tendre de son espèce entendent des voix : celles de ses prothèses protestantes. Et ils leur obéissent, ces cons.

− Fais gaffe Mouloud, si tu fais des grosses vannes de cul, ou même que tu te bidonnes intérieurement avec des blagues grasses en silence et dans la solitude, tu vas devenir comme le vil Cyp et sa meute de gros beaufs sexistes déconnologues avec des groupies frétillantes… brrrrrr….

− Oui mais m’dame Prothèse Féministe : c’est que j’ai violemment envie, moi… je saurais me tenir. Promis-craché-juré. Je ferais de l’humour gras maigre. Du Coluche light. Du Choron déchoronisé. [patapé, patapé]…

Ils s’emmerdent pour des prunes les mormonoïdes genre monsieur Akkouche. On n’est pas comme ça nous autres, heureusement : faudrait pas nous priver de traiter nos femelles rudement comme il convient vu qu’elles ne se gênent pas pour nous charrier grave sur nos organes supposés riquiquis-flagadas et tout le fourniment de tares rédhibitoires qui va avec.

Alors oui monsieur Akkouche : on est des gros beaufs assumés qui se foutent grassement de ta poire. Normal : si tu veux t’exploser la rate avec ces grosses blagues qui sentent bon la touffe et le nichon, va falloir que tu t’y prennes autrement et retirer le manche à balai en chêne massif 3 que t’as planté dans le cul. Comme ça la bonne odeur pourra enfin se libérer, aller stimuler tes narines délicates et déclencher le processus ad hoc qui te fera hurler de rire quand tu enculeras ta Prothèse Féministe.

Les prothèses, c’est bon pour les handicapés !

E la nave va…


  1. Les commentaires suivants valent le détour.
  2. cf. Monty Python « Sacré Graal »
  3. © Ben85.
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Noble gueux

DEUXIÈME PARTIE

 

Février 1990, grand ouest népalais.

Quelques jours plus tard Nous embauchons un nouveau porteur au marché aux esclaves d’un bourg de famine. Jhankaré. Intouchable. Paria. De la caste des Kamis − les forgerons. Avec Hari, ça fait une drôle de paire.

***

Ce qui est frappant, quand on voyage avec un intouchable, c’est que même dans l’intimité il continuera à jouer son rôle de paria social. À chaque halte dans un bhatti1, Jhankaré se tient soigneuse­ment à l’écart, boit son thé dehors, et va ensuite laver lui-même son verre, de peur de contaminer par sa souillure intrinsèque le client suivant. Nous avons beau l’encourager, il persiste dans son auto apartheid…
Hari, lui, a depuis longtemps laissé tomber tous ses principes et devoirs de caste, partageant tout avec nous et buvant à la même gourde. Il est loin de son terroir, notre Hari. Ici il peut tout se permettre, il voyage incognito.

Jhankaré attend encore un jour ou deux… On ne sait jamais : si quelqu’un le dénonçait, ça serait le drame. Hari, en revanche, profite lâchement de son image de brahmane : c’est Jhankaré qui trimballe le gros du paquetage, et nous nous retrouvons à porter 15 kilos chacun, alors qu’Hari n’en charrie que 10, dans son sac militaire…

***

Nous arrivons à Singaoti, un gros bourg peuplé de brah­manes.

Il n’y a pas de bhatti à Singaoti, qui n’est desservi que par des chemins secondaires ; nous demandons l’asile aux gens du lieu, moyennant finances. Un paysan de haute caste accepte de nous loger dans une annexe de sa propre maison. Quand nous apprenons que notre hôte est brahmane, nous soufflons aussitôt à Jhankaré : « Tu vas changer ton nom de caste2 : à partir de ce soir, tu n’es plus paria, mais de la caste des Bistas (honorables commerçants). »

Il a l’air plutôt ennuyé ; mais on ne lui laisse pas le choix : c’est un ordre.

Hari se prête au jeu d’assez bonne grâce. Nous étalons nos affaires dans la petite pièce, diablement enfumée. M. « Bista » accumule gaffe sur gaffe : il ne veut pas du tout partager notre couche ; il se sent pitoyable, coupable du pire des crimes : mentir sur sa caste. Quand notre hôte lui tend une gamelle, il hésite longuement avant de la prendre… Nous serrons les dents : s’il se trahit, nous serons jetés dehors sans ménagement, en pleine nuit… Ça va, le taulier semble ne rien remarquer de bizarre…

Nous avons tous quatre les paupières collées par l’enfumage, ce matin. Bon, ça aura déjà empêché les puces et les poux de nous tourmenter : nous en sommes couverts…

***

Au fil des jours Jhankaré se décoince sérieusement et nous finissons excellents amis, partageant couvert, couche et bestioles. Mais Hari conserve toujours ses distances avec lui et devient de plus en plus méprisant avec lui. On ne se prive pas de le charrier à mort et de se foutre de sa poire quand il bave devant un des rares poulets rencontrés, dont on s’est faits un festin de brutes. Il peut aller se brosser ce végétarien faux-cul, qui loin de son village est prêt à enfreindre tous ses nombreux tabous alimentaires. Il n’avait qu’à être moins péteux et imbu de sa putain de caste.

Après deux semaines de marche, nous arrivons à Jumla, où l’agitation est grande : la chasse aux instituteurs − opposants à la dictature du roi Birendra − est ouverte. Ça grouille de flics et l’ambiance est malsaine : l’insurrection générale est proche…3 Hari aurait dû nous accompagner jusqu’à Katmandou − à 42 jours de marche − mais après s’être répandu en saloperies après s’être pris une muflée sévère au raxi4 au troquet sur le compte de Muki, je le vire.

Hari, décuité, pleure presque quand nous le payons. Mais on ne se laisse pas attendrir ; ce type est vraiment con ! Il gémit : « Vous n’allez pas me renvoyer comme ça, tout nu ! »
Il exagère : on lui a laissé une paire de chaussures neuves, des chaussettes et ma veste chaude. Après son départ, on se rend compte qu’on a oublié de lui retrancher son avance… Il a fait une bonne affaire avec nous, celui-là !
Le nouveau porteur arrive. C’est tout le contraire d’Hari. Il s’appelle Karma et vient de la vallée de Mugu, tout au nord, dans la zone interdite, aux confins du Tibet. Il a une trentaine d’années et c’est un ours.
Quand il entre dans la cuisine, les filles éclatent de rire. Il a la grâce d’un yack sauvage, et l’odeur aussi. Il se cogne partout, comme si l’intérieur d’une maison n’était pas fait pour lui.

Ah Karma ! not’ Karma ! on en a fait un sacré, de bout de chemin ensemble… du jour où on l’a embauché jusqu’à la capitale, on n’a plus jamais arrêté de se faite mal aux côtelettes tellement il nous a fait plier en quatre : Karma, c’était le Rire. Et puis il s’en foutait bien de ces histoires de castes : les Tibétains n’ont pas ça en stock. Ils ont des clans et des rangs, et quelques autres trucs pas mal non plus, dans l’genre… mais c’est une autre histoire.

***

Voilà. C’est ça : des Hari brahmanes on en rencontre tous les jours ici en France. Ils ont leur caste dans le sang quel que soit leur rang social. Pas tous : j’ai eu connu des brahmanes de tous pays qui n’en avaient rien à foutre, des brahmaneries à la Hari. Des exceptions à la règle d’une rareté extrême qui les rend encore plus précieux à mes yeux.

Des Jankahré parias aussi, il y  en a des foules qu’on croise dans le métro et au supermarché. Il maudissent et envient les brahmanes d’ici en catimini, mais filent droit et doux en leur présence. Alors par dépit ils se bouffent la gueule entre eux. Pas tous. Y en a qui se rebiffent et même qui se rebellent. J’en connais quelques uns.

E la nave va…


  1. Maison d’hôte et/ou magasin général.
  2. Le nom de famille détermine la caste.
  3. Elle débouchera, le 9 avril, trois jours après le massacre de Katmandou − plus de 600 morts après que l’armée ait ouvert le feu sur la foule massée devant le palais − sur un ersatz de monarchie constitutionnelle. En 2006, la monarchie est abolie à la suite de treize ans de guérilla (13000 morts) menée par les maoïstes venus du grand ouest. La République est proclamée.
  4. Alcool local distillé à partir de n’importe quel grain ou de n’importe quoi tout court.
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Gueux noble

PREMIÈRE PARTIE

Février 1990, dans le grand ouest népalais…

Mukti1 va acheter du tabac au magasin d’à côté.

− Hé, patron, tu ne connaîtrais pas un porteur pour nous guider jusqu’à Bhajang ?
− Je crains qu’avec le mauvais temps vous n’ayez quelque problème à trouver un volontaire… Je vais demander au voisin, je sais qu’il a besoin d’argent, peut-être que ça l’intéressera… Il envoie un gamin le quérir.
− S’il est d’accord, il fera l’affaire. C’est un brahmane de haute caste2 , mais comme il est dans l’embarras, il n’hésitera pas à porter vos bagages, même si vous êtes impurs… Il était fonction­naire autrefois, cet homme, puis il a été viré pour alcoolisme notoire. Il s’est retrouvé dans la merde. Avec un hectare on ne fait pas vivre une famille. Surtout avec cinq enfants en bas âge, comme lui.

Extrait de Pistes Himalayennes, co-écrit avec Mukti Gurung (Albin Michel 1991)

***

C’est ainsi que nous avons embauché Hari comme porteur.

Misère de chez Misère : le grand ouest népalais. Les touristes n’y vont jamais. Y a rien à voir ; aucun fier 8000 enneigé à l’horizon : rien que des hautes collines déboisées calcinées par le cagnard et des misérables paysans le ventre creux. La famine. Faut le vivre. Et en plus on est chez les hindouistes avec leur système de castes à la con. Faut pas s’étonner si l’insurrection maoïste menée par Prachanda est née ici dans les années 90.

***

Caste et classe : deux mots que j’associe volontiers en écrivant sur les forums, ce qui a le don d’en exaspérer plus d’un. Car classe évoque immanquablement lutte et c’est tabou dans nos social-démocraties. Il n’y a plus de lutte des classes, point à la ligne. Et c’est un crime encore bien pire que de confondre castes et classes comme je le fais. Et pourtant…

La noblesse n’est pas une classe sociale, mais une caste puisque conditionnée par l’hérédité comme n’importe quelle caste dans le monde hindou. Les membres de cette castes étaient − et sont encore quoique dans une moindre mesure − plus fréquemment riches que la moyenne de la population. Mais il est des nobles désargentés, c’est bien connu.

C’est le cas de notre Hari porteur : dans l’ouest népalais les brahmanes − caste de prêtres et de précepteurs à la base − sont pour la plupart de gros propriétaires terriens3 qui jusqu’à tout récemment pratiquaient le servage. Mais l’antique ordonnancement de la société hindoue n’est plus qu’un souvenir… comme chez nous le règne de la noblesse au profit des gras bourgeois du Tiers-État avachis dans les palais confisqués par la République.

Mukti et moi ça nous amusait un brin d’avoir sous nos ordres un brahmane. Faut dire que ce n’est pas banal : les portefaix sont tous ou quasiment de vile extraction, au Népal. Et étant nous-mêmes de très basse caste de par la profession de nos aïeux, nous étions très curieux d’observer son comportement… et ça n’a pas loupé : Hari nous tire ouvertement la gueule et son arrogance n’a d’égale que sa fainéantise. Les quinze malheureux kilos qu’il coltine − nos sacs en font une bonne vingtaine − lui arrachent des soupirs lamentables à chaque pas. Aux repas il mange à part, car nous sommes impurs et le simple contact de nos ustensiles ou de notre nourriture le souilleraient. C’est ça, un brahmane.

Mais on s’en fout bien et même s’il n’en branle pas une, nous décidons de le garder quelque temps puisqu’il nous distrait si bien. Notre petit budget nous permet ce luxe.

Mieux que ça : nous concevons de faire une expérience… embaucher un paria comme porteur supplémentaire et d’étudier leur relation. C’est un peu borderline comme démarche, mais au pays de la famine rien n’est vraiment rationnel.

En attendant la seconde partie de ce billet, je vous laisse atteindre le seuil fatidique des 600 commentaires pour disserter sur caste et classe, inné et acquis, tout ça tout ça4

Hari Porteur se campera-t-il dans sa posture héritée d’une tradition multimillénaire, ou bien changera-t-il au contact de notre futur coolie paria de chez paria ?

 

  1. Mon co-galérien pendant la traversée de l’Himalaya à pinces en 89/90.
  2. Les brahmanes constituent la caste la plus élevée dans l’hindouisme et cette caste, comme les autres, est stratifiée en de nombreuses sous-castes.
  3. Les zamindars, engeance honnie.
  4. Et pas que, bien entendu : Hors-Sujet bienvenu !
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Faites vos jeux !

Après la création d’une rubrique Météo, l’Ici-Blog s’enorgueillit désormais d’étrenner la nouvelle loi autorisant les paris en ligne, votée haut la main et dans la liesse par la Chambre bleu horizon du Bloc National Populisto–People.

Je vous propose donc de parier sur l’éjection par les voies naturelles du Ténia Grimaçant avant la fin de son mandat.

Le mode d’emploi est simple : vous pariez sur la date de sa chute dans la cuvette et annoncez le montant de la mise et je rajoute ça à la liste que je m’empresse d’inaugurer (la date la plus proche sera décrétée gagnante) :

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  1. Cyp : 19 octobre 2010. Une poupée Sarko maraboutable (première édition, tirage limité à 20000 ex. avec boîte et livret de maraboutage + kit d’épingles made in China).
  2. Φilippe : 31 janvier 2011. Une nuit d’amour torride avec une baleine de la péninsule Valdez et un panoramique en 120×30.
  3. Hulk : 22 mai 2017. Un euro en or.
  4. lamorille : 31 décembre 2010. Son cul sur une bourriche d’huîtres. des fines de claire n°3 …les meilleures.
  5. Alain Pacifique : 5 mai 2011. Un collier en coquillages du Pacifique (pas du made in China).
  6. Numerosix : 23 avril 2011. Un anniversaire (le sien).
  7. Dodu : Pas de date. Soutiens et encouragements.
  8. amonhumbleavis (aka Seccotine) : 22 novembre 2010. Un plateau de fromages puants et dégoulinants.
  9. mégasioniste© : pas de date ; offre « L’art de foutre en quarante manières  » (éd. Mille et une nuits).
  10. Valérie : Un tableau intitulé « Goodbye Mister President » (visible en cliquant ici) peint à l’huile sur bas-relief de carton mousse, et pouvant servir de support au jeu de fléchettes. La date est à découvrir dans le tableau.
  11. Liger : 1 avril 2012. Un moulage du périnée présidentiel en camembert au lait cru et sans OGM.
  12. Banana : 2 février 2012. Offrira ses chaussettes de ce jour-là.
  13. Flixp : 21 mai 2035 et je mise un réveil en fanfare (sans café ni croissant).
  14. Padiran :  14Juillet 2011. Une centrale nucléaire en état de marche (à prendre sur place).
  15. kk : 20 novembre 2010 ; d’une crise d’égosurdimensionné aiguë suite à la prise de présidence du G20. Et je parie un assortiment de tomates de mon potager.


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Publié en 1532 Proscrit en 2010

Adapté du moyen Français par mes soins, voici un petit fabliau extrait du chapitre XV du Pantagruel de not’ bon maître François Rabelais (édition de la Pléiade 1955).

Bien sûr, Rabelais trouverait de nos jours un éditeur sur papier… mais pas si facilement que ça sur l’internet − ce nouveau support de l’écriture. Une historiette telle que celle offerte à votre lecture aujourd’hui, serait immédiatement mise à l’index  en 2010 par les puritains, nos ennemis jurés de toujours ; ceux que nous appelons les biomormons.

Parce que de leur point de vue, cette fable rigolote comporte des scènes épouvantablement choquantes : ça saigne à mort, ça chie et ça pète, ça baise à tire-larigot, c’est atrocement zoophile …et gérontophile pour couronner le tout.

Rabelais ne tiendrait pas chronique sur Rue89 (magazine propre sur lui), c’est un fait. Ni ailleurs, fors Ici.

Comme la canicule échauffe les sens, éclatez-vous et foutez-en partout, dans la Joie et la franche rigolade !

Vot’ Cypounet, kondukator de croisade anti-puritains.

***

« Au temps où les bêtes parlaient (il n’y a pas trois jours) un pauvre lion se promenant dans la forêt de Bièvre1 et récitant ses oraisons passa sous un arbre dans lequel était monté un vilain charbonnier pour abattre du bois.

« Lequel voyant le lion, lui jeta sa cognée et le blessa énormément à une cuisse. Alors le lion, clopin-clopant courut tant et à traque la forêt pour trouver de l’aide qu’il rencontra un charpentier, lequel bien volontiers regarda la plaie, et la nettoya du mieux qu’il put et l’emplit de mousse, lui disant qu’il esmouchait2 bien la plaie pour que les mouches  n’y fassent leur ordure pendant qu’il irait chercher de l’herbe au charpentier3 .

« Ainsi le lion guéri se promenait par la forêt à laquelle heure une vieille sempiternelle taillait des bûchettes et amassait du bois dans ladite forêt ; laquelle voyant le lion venir, elle tomba de peur à la renverse de telle façon que le vent lui renversa robe, cote et chemise jusqu’au dessus des épaules.

« Ce que voyant, le lion accourut par pitié pour voir si elle ne s’était  fait aucun mal, et considéra son …je ne sais nommer ; il dit:

« Ô pauvre femme, qui t’a ainsi blessée ?
« Et ce disant, il aperçut un renard, qu’il appela, disant :
« − Compère renard, oh dis : mate-moi ça, là.
« Quand le renard fut venu, il lui dit:
« − Compère, mon ami, l’on a blessé cette bonne femme ici entre les jambes bien vilainement et il y a une solution de continuité manifeste4. Regarde comme la plaie est grande : depuis le cul jusqu’au nombril, elle mesure au moins cinq empans et demi5.

« C’est un coup de cognée ; je me doute bien que la plaie soit vieille. Pourtant, afin que les mouches n’y prennent, esmouche-la6 bien fort, je t’en prie, et dedans et dehors.

« Tu as une bonne queue bien longue, esmouche mon ami, esmouche je t’en supplie, pendant ce temps je vais quérir de la mousse pour l’y mettre, car c’est ainsi qu’il nous faut la secourir l’un l’autre, Dieu le commande.

« Esmouche fort ; ainsi, mon ami, esmouche bien : car cette plaie veut être esmouchée souvent : autrement la personne ne peut être à son aise.

« Or donc esmouche bien mon petit compère, esmouche ! Dieu t’a bien pourvu de queue ; tu l’as grande et grosse à l’avenant ; esmouche fort et ne t’ennuie point.

« Un esmoucheur, qui, en esmouchetant continuellement, esmouche de son mouchet, par mouchves ne sera jamais esmouché. Esmouche, couillaud ; esmouche, mon petit bedaud ! [à ta place] je n’arrêterai guère.

« Puis il va chercher force mousse, et quand il fut quelque peu plus loin, il s’écria, parlant au renard :

« − Esmouche bien toujours, compère ; esmouche et ne cesse jamais de bien esmoucher, mon petit compère, je te ferais esmoucheteur à gages de la reine Marie ou bien de don Pietro de Castille. Esmouche seulement et rien de plus.

« Le pauvre renard esmouchait fort bien, et en dessous et au dessus, dedans et dehors ; mais la vieille pissait et chiait puant comme cent diables.

« Le pauvre renard était bien mal à l’aise, car il ne savait de quel côté virer pour évacuer le parfum des pets de la vieille ; et alors qu’il se tournait, il vit qu’il y avait derrière encore un autre pertuis7, pas aussi grand que celui qu’il esmouchait, dont lui parvenait ce vent si puant et infect.

« Le lion finalement s’en revient, portant plus de mousse qu’il n’en tiendrait en dix-huit balles8. Il commença à en mettre dans la plaie à l’aide d’un bâton, et y en avait déjà mis seize balles et demi et s’ébahissait :

« − Que diable ! cette plaie est profonde : il y entrerait bien plus de deux charretées de mousse.

« Mais le renard l’avisa :
« − Ô compère lion, mon ami, je te prie, ne mets pas ici toute la mousse, gardes-en quelque peu, car il y a encore ici dessous un autre petit pertuis qui pue comme cinq cent diables. J’en suis empoisonné de l’odeur tant il est punais9. »


  1. Fontainebleau
  2. Esmoucher = s’escrimer ; ramoner, astiquer, baiser, dans son sens grivois.
  3. Du millefeuille
  4. Évidente.
  5. Plus de un mètre vingt.
  6. Voir note N° 2
  7. Trou.
  8. Ballots.
  9. Puant.
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