Allez hop : je débranche tout pour brasser du mot comme ça vient.
[scansion de chants sioux en fond sonore]
Les temps changent mais ça ne se sait pas ni ne se voit, ni ne se constate : la peau épaisse et les roides oripeaux forment coriace carapace. Et pourtant : sous le caparaçon clinquant il n’est que misérable haridelle.
Plus rien n’est déjà comme avant ; cet avant que tant et tant persistent à croire toujours vivant.
En fait il n’y a plus que vers qui grouillent et des gens qui se dégrouillent en agitant leurs membres sur un corps en état de mort avancée.
J’aime quand ça craque aux entournures : ce son de grand vaisseau changeant de cap ; ces claquements secs de tôle et ces grincements de vieux bois : nouveau monde en vue.
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Je trie les pièces à l’atelier : barrettes de mémoire vive, cartes-mères, processeurs, disques durs. Petit brin de ménage : fin prêt pour l’accueil des clients ; porte grande ouverte sur la rue ; allumage du bâtonnet d’encens rituel ; la grosse machine ronfle déjà de tous ses ventilateurs. Une gorgée de café puis une clope. Calme comme un lundi, comme on dit.
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Et pourtant ça s’agite, je vous dit : dans mon ciboulot comme partout ailleurs dans le monde. Un hémisphère cérébral occupé à établir un devis pour l’apiculteur du coin dont la machine a été foudroyée par le dernier orage, et l’autre à gamberger sur le sujet de ce billet : le quatre-vingt dix-neuvième depuis le 14 août de l’an dernier, date du début de mon retrait progressif des grands forums de l’internet.
Rompant amarre après amarre, je fais voguer l’Ici-Blog sur une mer d’électrons libres, loin des réseaux sociaux et de tout le tintamarre à paillettes qui me blesse désormais les yeux, rivés sur le grand large à l’horizon fuyant. Où va l’esquif ? pas la moindre idée, mais il y va gaillardement sans se poser de questions.
Je sais ce qu’il quitte par contre : le monde des faux ; faux-culs et faux semblants ; l’eau tiédasse et croupie du petit marigot et les tristes pions dansants du vilain bal masqué.
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Dans un monde suffocant tout bien droit et à l’endroit, je fais tout à l’envers et dans la démesure, rebroussant le poil quand tous les autres le caressent dans le bon sens et la mesure. Être insensé dans une société sensée et chiante comme la mort, c’est ça le truc ; ça marche à tous les coups.
Quand je vois que quelque chose déconne grave de chez grave, je fais son contraire ; un peu à la manière des Heyokas chez les Lakota1 : ces chiens fous à la fois clowns et chamanes qui font tout à l’opposé.
E la nave va…
[bris de banquise]
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Bonii :
Pour m’dame kk et tous ceux qui aiment la grande Nina :
NINA HAGEN - TV Glotzer (White Punks on Dope)
Cliquer pour écouter.
Et pour Homère :
THE TALKING HEADS - Road to Nowhere
Cliquer pour écouter.






Surnuméraire Circus
Tout se paye au prix de sa sueur ou de celle des autres : rien entre les deux. Le travail d’abord, seulement ensuite vient le plaisir. Tant et tant d’efforts pour si peu de joie. Mais au bout du compte on palpe les bank-notes et en leur rectangulaire compagnie on ira s’en payer une bonne tranche, histoire d’oublier comment on en a chié.
Et ça remet ça sur le gaz, encore et encore.
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Septembre 1989
Je donne deux roupies au nain clown et je vais voir les acrobates sans filet, figures enfarinées de fillettes en justaucorps flapis pantinant mécanique sous la toile bise frappée du grand soleil dehors. Étouffé par une lumière grillante sous la toile de tente : plus carcan qu’une prison.
C’est l’endroit le plus triste du monde. Un tout petit cirque indien de misère à la foire de Kulu dans la vallée de la Beas.
Prolongation de visa à la préfecture, je suis là pour ça : prévoir trois journées ouvrables, en Inde. Tout dépend de la préfecture, mais là c’était mort de chez mort comme patelin. Alors aller bader à la foire les bras ballants : y a plus que ça à faire. Une putain de foire minable avec un cirque planté sous le cagnard − Rozilla Circus, ça me revient − usé jusqu’à la corde et tout rapetassé.
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Quand la vie est trop dure, fermer les yeux et visualiser la liasse de billets, fruit de notre torture de singes mal tournés : remède souverain, promesse de spectacles chamarrés et de civilisation des loisirs.
Pendant ce temps les orang-outans s’envoient en l’air tant qu’il est encore temps ; tant que leur océan de forêt n’aura pas été dévoré par la planche à billets.
Billet dédié à not’ Dul pour son anniversaire.