Archives par catégorie : Puycity

Bon voisinage

Une « bouche de lion », boite aux lettres pour les dénonciations anonymes au palais des Doges, à Venise.


Cet après-midi, notre bonne amie Tamsin, dont j’ai souvent parlé Ici, a filé à Annie une photocopie d’un courrier d’avocat reçu par son homme − François, gros con de droite et ex plus gros pinardier de la contrée ; l’homme le plus abominé à cent bornes à la ronde.

Depuis sa faillite il y a deux ans, c’est le déchaînement : la foule écume au pied de l’échafaud, bavant à l’idée de piétiner le social-mort… et Tamsin qui l’a rencontré à ce moment-là a perdu nombre de ses amis − de gauche, bien évidemment − au passage. Car quand on est de gauche, il est rigoureusement interdit d’avoir des amis de droite sous peine de s’exposer à des sanctions pénales, voire à l’excommunication.

Toutes ces conneries ne leur entament pas le moral et quand je leur ai téléphoné tout à l’heure pour demander  s’ils étaient  partants pour que je colle ce morceau de bravoure à la une de l’Ici-Blog, ils étaient à table la bouche pleine de boustiffe et bien enjoués. Hardi petit : idéal pour une ponte-express…

C’est un lieu commun : on dit qu’il ne vaudrait pas avoir eu Roger Velu pour voisin au temps de la guerre contre Hitler. C’est vrai :

ATTESTATION

Établie en vue de sa production en justice, conformément aux Articles 200 et suivants du Nouveau Code de Procédure Civile.

Je soussigné(e)

Nom et prénoms : VELU Roger
Date et lieu de naissance : 14-03-1962 à Vieussac (46)
Nationalité : Française
Profession : Artisan Donneur
Adresse : Les Gonadouilles, 46840 Crassac

Témoigne des faits suivants pour y avoir assisté ou les avoir personnellement constatés. [blabla juridique habituel...]

« Je certifie que M. Pinardier François habitant Crassac ne vit pas seul dans sa maison. Et en tant que voisin le plus proche et surélevé géographiquement, je vois bien que le véhicule Peugeot blanc immatriculé 46700 KZ 46 est là quotidiennement.

Le jour de son départ en clinamen 136 A.’P pour se cacher pour cause de faillite, c’est cette personne féminine là qui a déménagé toutes ses affaires pour les ramener 3 mois après avec les siennes.

Et depuis elle habite là et y travaille même parfois car j’entends des bruits de machines à couper le fer. Et je peux affirmer aussi que cette dame là part tous les matins entre 8h30 et 9h pour rentrer le soir entre 18h30 et 19h30, sans compter les va-et-vient de la journée. Et pas mal de voitures y viennent aussi à toute heure du jour et de la nuit.

Mes fenêtres donnant sur son chemin d’accès et sa maison, je sais de quoi je parle. »

Le 15 merdre 136 A.’P

(signature)

[scritch scritch]


Il est préférable de joindre une photocopie de la carte d’identité.
Ne pas oublier de dater et signer l’attestation

[NDK : seuls les lieux, les noms et les dates ont été modifiés]


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Ego Mégalo Parano

Coucou c’est moi, dans mon antre sombre de la Maison de l’Horreur©, pris en photo par Pierre avant-hier. Pierre, c’est un client ; d’abord de l’atelier photographique de mon ami Alain −le Barbu−, puis de mon petit garage informatique. Un passionné passionnant qui contribue généreusement à l’illustration de l’Ici-Blog.

Ce soir je vais causer de moi, pour changer. Y a pas de raison : plein de monde parle de moi ces derniers temps alors autant faire pareil. Comme ça le monde entier pourra affirmer sans se tromper que j’ai un ego mahousse et que je jouis à ma simple auto-évocation.

Je suis un véritable héros des temps modernes, c’est un fait. Je dompte les ordinateurs les plus féroces du bout des doigts et mon clavier soupire d’aise lorsque je l’effleure de ma pulpe digitale pour dicter en langage machine aux processeurs les instructions géniales sorties de mon cerveau éblouissant. Et quand je frappe en UTF-81 , les touches tombent en pâmoison et se lancent à l’assaut de mes phalangettes comme autant de clitos rutilants attendant de pied ferme leur maître-dérideur2.

Il va de soi que je suis le meilleur écrivain du monde. J’invente des styles littéraires à moi tout seul. Un par jour sinon rien. Faut dire que j’ai de quoi raconter pendant dix longues vies, tellement aucune bête au monde n’aurait fait ce que j’ai accompli. Traverser l’Himalaya à pinces avec une seule paire de pompes de rechange, fallait oser. Des grolles à trois cent balles, carrément. Rien que ça. Sans compter le reste : mes exploits sont détaillés à l’envi par une foule d’admirateurs3 sur les forums les plus chics de l’internet français.

L’inventeur de la littérature en ligne, c’est moi. Mon nom traversera les siècle et me fera une belle jambe. Et des chevilles super potelées. Avant Andy Vérol j’étais dans la place. Historique.

Mais ce n’est pas tout : en politique je cartonne grave. À tel point qu’on veut ma peau. Dès que je pointe le bout du museau, des régiments d’agents furtifs sont à mes trousses, armés d’un super bazar dernier cri pour mieux me traquer et m’acculer à l’hallali. L’Insurrection Qui Vient, c’est de la gnognotte face à la Déconnologie©4 Vaudevillo-Immobiliste. Comme tous les alphas révolutionnaires, je suis paranoïaque, mais grâce à mon entendement supérieur je m’en sers comme d’une arme redoutable ; alors il est normal que l’on veuille m’estrapasser et qu’en haut lieu ça complote à ma perte.

Mais je suis invincible à Puycity, d’où j’orchestre le monde du bout des doigts dans mon p’tit atelier. Olé.

 

  1. Le codage informatique des lettres et chiffres le plus utilisé en Occident.
  2. Moi, bien sûr.
  3. Surtout trices et très mimis d’ailleurs.
  4. © Moi, 11 juillet 1996. Non mais.
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La belle Destinée

Notre Paulo s’en est allé vers sa belle destinée il y un lustre exactement et ses copines du banc de la place au bas du coustalou l’y ont rejoint une à une en catimini sans se presser.

Ça s’est trouvé comme ça, qu’ils se soient rencontrés sur ce banc − son banc, vide depuis − sur le tard, n’ayant plus bézef à aller devant soi. Regarder passer les voitures, commenter les piétons et s’esbaudir en brochette. Se bourrer de petits coups de coudes les côtelettes en s’esclaffant aux bons mots de l’une et l’un en se foutant de la poire de la pimbêche en calèche se curant le nez avec application à son volant, au feu rouge. Et de ce hobereau péteux bien calamistré, gros vigneron avide et fat qui passe à pinces.

La vie qu’on aurait toujours dû avoir et qu’on a tant attendu ; et puis enfin voir ceux qui se sont tant croisés debout sans se voir, s’asseoir ensemble et babiller jusqu’à plus soif  ; le bonheur à la bonne heure ;  puisque sans ça il n’est nul intérêt de persister à se  remplir un poumon de plus ; autant s’arrêter net et ne pas être.

Vieux, Paulo n’était plus le paria d’antan ; seule l’épicière lepéniste lui refusait toujours l’entrée de son magasin. Elle voulait arracher les couilles de tous les pédophiles et les leur faire bouffer crues et comme mon Paulo était le pédophile officiel de Puycity, mauvais pour sa gueule. Paulo était pédé, mais allez expliquer la différence à des gens qui n’aiment pas les pédés. Tous dans le même sac et le sac dans le fleuve. Surtout que ça se disait pas, dans le temps. Surtout pas. Un petit sourire de connivence entre piliers de comptoir et le rictus des commères, rien de plus.

Les mémés, là, elles ne lui auraient jamais parlé avant le banc de la place au pied du coustalou avant les varices. Sûr que non. Elles seraient passées devant Paulo en trottinant sans lui jeter un regard ou au mieux une œillade de mépris. Mais avec ces maudites guibolles lourdes, lourdes, lourdes… on n’a vraiment pas d’autre choix que d’atterrir avec son popotin sur le banc de Paulo et de s’y frotter le lard, et d’échanger des banalités sur le dernier loto des pompiers ou le bal des aveugles, et puis d’embrayer gravement dans la déconnique de combat.

Le banc, c’est important : il nous mène droit à notre belle destinée, il suffit de s’y asseoir à côté du vieux pédé qui fait tant de blagues qui font si bien rigoler qu’on ne voit plus le temps passer.

Et puis on se fait des bibises et on ourdit des plans-banzaïs et on se trace des plans sur la comète.

 

Ce billet est dédié à la belle Destinée en général, à celle de lamorille qui l’a inspiré et aux joyeux ectoplasmes du banc de notre ami Paulo, grand seigneur déconnologue.

Idée preum’s de Marina.

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Aux quatre horizons

Il y a toujours que ça continue.

L’horizon nourrit les sens ; allant à lui ou pas, pas à pas ou immobile on l’engouffre ou espère,  le mieux toujours et encore.

C’est ça depuis les Âges Farouches,1 quand la petite troupe engoncée dans des pelisses à l’esquimaude contempla les mêmes molles collines que celle que je voyais de la fenêtre de la Gazelle en deux mille deux, le dernier hiver que nous y avons passé avant de décamper en direction de Puycity.

Sans l’horizon devant soi, tout se nécrose et dépérit dans l’animal humain avide dont c’est la raison d’être ; sans lui le ventre reste vide, le gibier s’enfuyant toujours plus avant et sans lui notre insatiable esprit hurle sa famine. Il ne faut pas rester assis ou pieds ballants, le cul sur le rocher ; à peine le temps nécessaire pour souffler au sommet du tuc2 et on repart engouler le vent qui vient du bout de l’horizon, là où on va vers.

La joie, la peur au ventre du danger droit devant soi, que l’on ne voit pas encore et qui est là pour sûr, loin-loin ou au coin du bois noir dans les barbes de lichen et le craquement des branches sous la semelle, bien planqué.

Au bout de l’horizon il y a le renne et l’ours, la vallée fertile ou le sang d’une bataille sur le sable sec ; le paradis des flemmards, l’enfer des serfs trop besogneux. Pour le savoir, suffit d’aller y voir et de savoir ce qu’on veut.

Sinon, on peut tout aussi bien ressentir la même trouille au tripes et jouir de sa tête fendant le vent depuis sa chaise à la cuisine ou en prison : l’horizon fait fi des murailles.

Au bout de l’horizon il y a nous : les scrutateurs du rêve droit devant qui sont debout ; privilège humain.

 

Sur une idée de Banana (la bibise à ses fifilles !) sur le fil précédent, ici : CLIQUEZ FORT !

 

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Rahan_%28bande_dessin%C3%A9e%29
  2. Coste, pech, puy, tuque, tuc, truc : toutes sortes de variantes de collines gasconnes.
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Pampa lotoise

Image de Pierre Auclerc - cliquer pour agrandirÉvidemment, tout le monde ici sait très bien que ce n’est pas la pampa, mais c’est comme ça que disent ceux qui nichent dans les bois, sur la rive nord. J’en fus et puis je suis descendu dans la basse vallée avec la petite famille il y a cinq ans de ça ; bientôt six.

Dès que tu es paumé au loin, c’est la pampa ici. La nôtre était touffue, intime, secrète ; à dix kilomètres à peine de Puycity et de ses terres limoneuses où pousse la vinasse, de frustes aborigènes décortiqueurs de châtaignes et héritiers directs de Cro Magnon, mâtinés du sang des envahisseurs successifs − romains, wisigoths et anglois −, s’épanouissent sur les coteaux de molasses érodées.

Le département du Lot n’existe que par décret républicain ; un petit bout de Périgord au nord, des plateaux blancs au Midi, peuplés de sauvages secs gobeurs de mûres et de pruneaux et croqueurs de brebis, et la vallée avec ses dynasties de notables pinardiers, ventripotents et consanguins. Et puis Cahors et ses usuriers lombards, les Cahorsins que Dante colle en Enfer dans sa Divine Comédie.

Mais je suis aveugle aux divisions administratives : il y a simplement ce pays où tout se côtoie et s’agrège et dans lequel je prends plaisir à vivre depuis le quart d’un siècle ; parce qu’il faut bien le dire et l’admettre : j’ai vu largement pire, en France. Peu de gens pressés, dans la pampa : tout tourne à gentil train-train et le quart-d’heure y fait bien sa demie, pesée bon poids sur la balance. Il n’est pas coutumier d’être ponctuel sauf pour quelques renégats, indignes résidents trop pressés de mal embrasser la vie, qui le mérite et se déguste en gascon : peinardement.

Autre plaisir que je n’y boude pas : le facho n’y court pas les rues et le nationaliste en est absent. Le travailleur travaillant plus pour gagner plus n’est pas non plus monnaie courante ; et la monnaie tout court nous avons peu, car l’industrie n’y a pas cours. Voilà : le Lotois n’est pas zélé ni industrieux : deux qualités fondamentales à mes yeux pour que je daigne poser mon sac quelque part. Les contrées septentrionales peuplées de stakhanovistes sarkolâtres, j’en ai soupé et n’en veux plus.

D’ailleurs, je pense fermement que faire l’apologie du travail est signe indubitable de trouble mental. Les livres sérieux parlent souvent de la rude vie de nos lointains ancêtres cavernicoles, mais ils mentent. Pareil que pour la vie de chien ; alors que le clébard de base n’en fout pas une rame.

Admirer le soleil caressant la forêt après la saucée dans la pampa lotoise et puis aller pisser un coup dans les buis pour en rajouter, c’est la seule chose qui compte.

 

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Sucre céleste

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Vidéo de Shanti Devi – avec Noémie à la boîte à vache.


Pas envie de se prendre le chou alors on dit, on fait n’importe quoi, pourvu que ce soit joyeux et débile. Surtout que ça ne serve à rien.

Quand je pense que j’ai collé les sucres dans mon café, après. Berk. C’est pour ça qu’il sentait la cocotte, parce qu’elle a les mains propres, Nono, mais elle se colle du sent-bon. C’est une fille. Je suis minorité sexuelle à la maison : depuis le départ de Gaspard pour ses études à Bordeaux, je suis largué au milieu des gonzesses. Je ne me plains pas : il y a pire sort.

Il y a Annie, Shanti Devi, Nono, Manon, Cloé, toutes celles du quartier et j’en passe. Mais ce n’est pas une affaire de filles, de se laisser aller au grand n’importe quoi. Je fais ça tout aussi bien.

***

La vache de la boîte à sucre a une histoire. C’était il y a des années – Annie pourra vous dire combien, je n’ai pas la mémoire des dates, – on fêtait la galette. Pas l’Épiphanie des chrétiens… bêtement la galette. La bonne vieille fête de la galette d’hiver, toute chaude et bien frangipanée avec sa couronne en carton à la con et sa fève à la noix. Cette fève-là, c’est la vache de la boîte à sucre. On ne savait pas où la mettre, alors l’a collée dedans et elle y est restée.

Elle aime le sucre roux. Il adviendrait grand malheur si jamais elle quittait sa boîte. On est très superstitieux, chez nous. Tout est calé sur une foule de petits rituels. On est des vrais mioches, marchant en équilibre au dessus des falaises de la mort dressées au dessus du caniveau. Tomber dedans égale pire que la mort. Virer la vache et c’est l’Apocalypse.

***

À partir de demain je commence à me plonger à fond dans les bidouilles techniques de Hors*Sujet. Il me sera donc pratiquement impossible de continuer à publier un billet tous les deux jours sur l’Ici-Blog, comme je le fais actuellement.

H*S est en version alpha, comme on dit dans le métier. Passons à la version bêta !

Et banzaï !


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