Notre Paulo s’en est allé vers sa belle destinée il y un lustre exactement et ses copines du banc de la place au bas du coustalou l’y ont rejoint une à une en catimini sans se presser.
Ça s’est trouvé comme ça, qu’ils se soient rencontrés sur ce banc − son banc, vide depuis − sur le tard, n’ayant plus bézef à aller devant soi. Regarder passer les voitures, commenter les piétons et s’esbaudir en brochette. Se bourrer de petits coups de coudes les côtelettes en s’esclaffant aux bons mots de l’une et l’un en se foutant de la poire de la pimbêche en calèche se curant le nez avec application à son volant, au feu rouge. Et de ce hobereau péteux bien calamistré, gros vigneron avide et fat qui passe à pinces.
La vie qu’on aurait toujours dû avoir et qu’on a tant attendu ; et puis enfin voir ceux qui se sont tant croisés debout sans se voir, s’asseoir ensemble et babiller jusqu’à plus soif ; le bonheur à la bonne heure ; puisque sans ça il n’est nul intérêt de persister à se remplir un poumon de plus ; autant s’arrêter net et ne pas être.
Vieux, Paulo n’était plus le paria d’antan ; seule l’épicière lepéniste lui refusait toujours l’entrée de son magasin. Elle voulait arracher les couilles de tous les pédophiles et les leur faire bouffer crues et comme mon Paulo était le pédophile officiel de Puycity, mauvais pour sa gueule. Paulo était pédé, mais allez expliquer la différence à des gens qui n’aiment pas les pédés. Tous dans le même sac et le sac dans le fleuve. Surtout que ça se disait pas, dans le temps. Surtout pas. Un petit sourire de connivence entre piliers de comptoir et le rictus des commères, rien de plus.
Les mémés, là, elles ne lui auraient jamais parlé avant le banc de la place au pied du coustalou avant les varices. Sûr que non. Elles seraient passées devant Paulo en trottinant sans lui jeter un regard ou au mieux une œillade de mépris. Mais avec ces maudites guibolles lourdes, lourdes, lourdes… on n’a vraiment pas d’autre choix que d’atterrir avec son popotin sur le banc de Paulo et de s’y frotter le lard, et d’échanger des banalités sur le dernier loto des pompiers ou le bal des aveugles, et puis d’embrayer gravement dans la déconnique de combat.
Le banc, c’est important : il nous mène droit à notre belle destinée, il suffit de s’y asseoir à côté du vieux pédé qui fait tant de blagues qui font si bien rigoler qu’on ne voit plus le temps passer.
Et puis on se fait des bibises et on ourdit des plans-banzaïs et on se trace des plans sur la comète.
Ce billet est dédié à la belle Destinée en général, à celle de lamorille qui l’a inspiré et aux joyeux ectoplasmes du banc de notre ami Paulo, grand seigneur déconnologue.
Idée preum’s de Marina.


Un mec bien.
Un ami en or. Parfois j’en parle Ici ou ailleurs1… et pof, je tombe sur sa bobine réjouie en cherchant une illustration pour le billet de Liger, prévu pour publication ce soir, alors changement de programme.2
Le mec qui ne te laissera jamais dans la merde, déjà. Et puis un artiste avec l’art de vivre fourni avec : cool, bouboule : on n’a qu’une seule vie et on va pas se la gâcher.
Il n’est pas fainéant ceci dit : toujours à sautiller avec des mimiques de sapajou derrière son appareil, à choper l’instant exact du déclic.
Vingt ans de mariages, dis-donc : c’est ce qu’on a vécu, Barbu et moi. Les samedis d’été je lui gardais sa boutique quand il partait photographier les nouveaux mariés dans le canton et au delà. Pour la période des photos scolaires aussi, j’étais au comptoir à papoter avec les clients et tirer des identités.
Quand il était au labo, j’étais là pour servir. Là, ça fait bien plus de trois ans que je n’y vais plus, à sa boutique. On se tire pas du tout la gueule mais dépanner les ordinos me bouffe une bonne part de mon temps maintenant, alors il s’est arrangé autrement. Avant moi, c’était le vieux Paul − son prédécesseur de 1942 à 85 − qui lui filait le coup de main gratis, et puis un jour Paul n’ayant plus pu… je suis passé derrière le comptoir. Avant j’étais client.
Chez le Barbu c’est différent : tu y vas pour tes agrandissement et tu ressors deux heures plus tard pour aller boire un demi en face en sa compagnie, assez souvent.
Et puis il porte à gauche le Barbu, depuis le temps des réfugiés du Chili de Pinochet3 , chez lui ça n’est pas un vain mot : le cœur et le paquet sénestres et bien ancrés à leurs emplacements respectifs. Tout le contraire d’un salaud : voilà Alain. Pas une demi-portion ni un pied-tendre : un homme entier, entièrement honnête. Pas froid aux yeux non plus. Quand il faut y aller il faut y aller et il y va. Toujours pour la bonne cause.
Quand on était dans la panade : il était là. Sans hésiter une seule seconde.
Et puis des photographies elles sont extras. Je vous en montrerai avec sa permission, un de ces quatre.
En dire du mal ? évoquer ses petits travers qu’il a nécessairement comme tout un chacun ? Faudrait être méchamment con et gravement tordu pour voir du vice dans not’ Barbu. Faudrait le rechercher en soi, le mal, dans ce cas.
Ce billet super-express est dédié à la petite famille du Barbu (coucou Yvonne, Émile et Camille et bien mes amitiés à vot’ voisin Vinçounet vous transmettrez, depuis votre exotique rive sud)…