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Sauvage à cœur

Quand tu as vu le sauvage de très près, rien n’est plus pareil.

Pour ceux qui se font manger c’est drôlement vrai, et pour ceux qui sont restés à la juste distance ça l’est tout aussi bien ; un souffle passe qui te remet dans le chemin creux de ce qui est notre tréfonds vibratile, aussi constitutionnel que les amines de notre plus  intime chimie.

Une fois rejoint, le sauvage t’accompagne au fil du temps restant sans te lâcher d’un pas. Tu es cuit pour le civilisé et ce n’est pas si mal ; comme un chat de gouttière qui pique à l’occasion dans la gamelle du gros matou chaponné.

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Bien sûr ce n’est plus possible de vivre avec ces chats ; ni le sauvage léopard qui fait regimber le grand éléphant sous le crochet du cornac moustachu, ni celui des appartements douillets abondamment garnis de croquettes.

Alors ce sont errance et ruses de Sioux qui t’attendent dans cet entre-deux, pour le restant de tes petits soleils ; plongé dans un monde où ces deux se côtoient et s’ignorent tu gardes tes distances et te tiens, funambule sur un fil les reliant ; ne surtout pas tomber.

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Le voyageur fait ça : s’élancer et rebondir de sauvage en civilisé. Il n’est jamais rivé, même s’il en a tout l’air depuis des générations. Je m’en rends compte depuis quelques après-midis passées en compagnie de James qui bien que manouche, a nettement moins de bornes au compteur que moi et partage pourtant le même frisson quand nous parlons de nos ailleurs de rêve à l’atelier, au milieu des machines désossées et des écrans scintillants.

Là, nous sommes au cœur de notre craton antique dans la jungle indienne qui nous attire comme un aimant géant et deux léopards rôdent à l’entour. Et quand un client survient nous faisons comme si de rien n’était.

Au dessus de nos têtes les deux matous de la maison roupillent sur le canapé à côté des pots de plantes tropicales attendant sagement leur grande sortie de printemps sur la terrasse.

 

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Marcel Charlemagne

Aérogramme de 1980 - Cliquez pour agrandirJ’étais enfin à Pondichéry. À cause du nom, et d’une émission de télévision vue à douze ans : elle s’intitulait « India 70 », dont je n’ai pas retrouvé trace sur l’internet. Et puis aussi trois ans plus tard « Auroville 73 », que vous pouvez visionner juste en dessous :

 

[flv]/sites/blogacyp/wordpress/video/auroville-1973.flv[/flv]

Ça dure une heure dix-huit…


C’est donc à la télévision que je dois mon désir de l’Inde, à douze ans. Je ne m’explique toujours pas pourquoi, mais cette première émission m’avait fasciné. Seul dans la salle à manger, je l’avais écoutée en sourdine parce que le vieux se serait inévitablement foutu en rogne et aurait éteint la boîte à images. Et la vieille se serait moquée : « c’est quoi encore que ce merdique ? »… Ce merdique : c’est son expression favorite. Tout est merdique à ses yeux. Tout ce qui sort de l’ordinaire. Et quand ça arrive, elle fait semblant de ne rien voir. Elle a une absence. Le paternel, c’est le pinard qui parle. Violemment ; du rouge qui éclabousse. Je profitais des rares moments de solitude pour m’abreuver d’autre chose qu’Intervilles, les matches de catch dont raffolait le vieux, et ses putains d’émissions d’accordéon qu’il me forçait à regarder en lui tenant compagnie.

Maintenant, je n’ai plus la télévision depuis très longtemps ; mais c’est elle qui a été ma seule possibilité d’évasion pendant ma jeunesse. Et la minuscule bibliothèque de l’école primaire, où j’étais le seul et unique emprunteur.

Avec cette émission sur l’Inde, j’avais découvert non seulement le pays, mais bien d’autres choses que je ne pouvais pas comprendre à l’époque : le mysticisme et l’utopie. Les seules images dont je me souvienne encore sont celles d’un homme au longs cheveux blancs, de dos, vêtu d’une toge blanche, avançant lentement dans un paysage indéterminé.

À partir ce ce moment, l’Inde a fait partie de moi. Il n’y a pas de mots pour dire cela, ou alors un amour d’enfant. Simple, fort et vibrant ; frissonnant parce qu’on est face à l’inconnu.

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C’est Marcel Charlemagne qui m’a ouvert la porte des Indes, à Pondichéry en 1977.

Moi je déboulais ; à peine sorti de l’avion je n’avais rien compris, sinon le souffle chaud et cette odeur de terre qui imprègne tout, se faufile vaille que vaille entre les fumées noires des véhicules affolants, les remugles d’égouts et de pneus cramés.

Donc j’avais fui Delhi et enquillé le train jusqu’à Vrindavan, lieu de naissance de Krishna où j’allai rendre visite à un vieux compagnon de route – Christian – qui s’était fait tondre par amour du dieu bleu et sautillait maintenant dans les rues, l’air béat, en jouant des cymbalettes avec ses potes. Quelques jours plus tard leur grand gourou mourait ; j’y étais ; un truc assez fou que je vous raconterai une autre fois. Pour faire bref, le vieux s’est étouffé dans son vomi et il ne fallait surtout par que ça se sache, car l’âme d’un gourou se doit de sortir par le haut du crâne, signe indubitable de sa « réalisation », et preuve qu’il échappe désormais au cycle des réincarnations… alors que par la bouche… et dans le vomi… c’est le ticket de retour sur terre assuré. Mauvais. Chut !

Après ce spectacle désolant, je mis fin à ma crise mystique, entamée quelques années plus tôt avec deux amis : Demian West et Roland Perret. Fallait plus me parler de gourous, ni de bondieuseries, et encore moins d’astrologie et de miracles de mes couilles.

Mais Pondichéry était au programme, et le programme, c’est le programme : je devais aller voir de près cette Auroville entrevue quelques années plus tôt dans la lucarne à blaireaux.

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Quel flip, Pondichéry. Tout est ashram. Tout lui appartient ; et des gens compassés vous toisent comme si vous étiez gueux. L’ashram est tentaculaire : on s’y approvisionne, on y dort dans ses hôtels, on s’y vêt… mais on n’y rigole pas des masses.

C’est à la cantine de l’ashram que j’ai rencontré Marcel Charlemagne. Un indien très noir aux longs dreadlocks tout blancs, habillé de couleur safran, avec un trident de Shiva à la main, l’air hilare. je n’ai aucune photo de lui, mais il ressemblait assez à celui ci :

 

© Le Net


Chose surprenante, il s’exprimait dans un Français parfait, très classique… Deux minutes plus tard, nous étions de bons amis et il m’invitait chez lui. J’y suis resté plusieurs mois. Le paradis au numéro 24 de la rue Labourdonnais ; dans sa vieille maison bâtie au XVIIème siècle sur un plan de villa romaine ; vestibule et atrium.

***

Marcel avait perdu sa femme – l’amour de sa vie – quelques années plus tôt. De vieille famille pondichérienne convertie au catholicisme au temps de Dupleix, il était redevenu hindou, au grand dam de son entourage. Mais il s’en foutait, comme il se fichait bien des quolibets des calamiteux ashramites (un autre genre de quicouinistes ; ces gens-là sont partout) qui le raillaient sur ses façons exubérantes. Il avait du Raimu en lui, mon Marcel.

Mais là, vous ne m’en voudrez pas : il est tard et je suis méchamment sur les rotules. Si vous avez envie d’en savoir plus sur ce personnage extraordinaire et oublié, et Auroville, et les utopies, je veux bien le faire… mais dans les commentaires, entre les batailles de polochons et les lancers de menhirs. Ça aurait plu au petit père Charlemagne !

Allez hop.



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Rien de rien

Cyprien Luraghi 1982 - Khumbu - Népal - Cliquez pour agrandir

Khumbu - Népal - 1982 - Copyleft Cyp


 

– Oh ! C’est le père de Lobsang !

– Lobsang… tu as de ses nouvelles à ce vieux salaud, Pasang ?

 

Sur le toit-terrasse, nous fumions notre kretek en buvant le café du soir. Une liasse de photographies sur la table basse, étalées.

Les volutes bleues du tabac giroflé se mêlaient à celles des fumigations de genévrier de l’encensoir allumé par sœur Jangmu, la délicieuse épouse de mon ami, disparue depuis…



– Ah ! Il est cloué dans un fauteuil roulant maintenant ! Voilà un homme qui s’est fait son malheur… et je vais te dire, Cyprien : il n’a personne pour le plaindre…

– Raconte.


Au bout d’une heure je savais tout. Lobsang avait fui sa haute vallée au pied de l’Everest comme tant d’autres, il y a quarante ans. Patates et sarrasin, ça va bien quand il y en a mais comme ce n’est pas souvent, l’estomac dicte aux pattes d’aller chercher l’assiette pleine ailleurs, toujours.

Notre espèce doit beaucoup à la disette : sans elle nous serions des êtres hébétés, repus, poussant byssus. Longtemps, des années, Pasang, Lobsang et une troupe de coolies avaient sué ensemble et s’étaient échinés à coltiner des sacs sur les sentes escarpées, pour quatre ronds. Un taudis leur servait de point de chute entre chaque livraison, qui pouvait durer des semaines. Livrer toutes denrées partout dans le royaume, par tous les temps, sueur dégouttant de la pointe du nez. Soixante-dix kilos d’épicerie plaquée au dos, han, han, han.

Quelques arpents de terre à sarrasin échurent à Lobsang en héritage : il raccrocha définitivement sa courroie de portage au clou, ce diplôme de misère – le namlo – et leva son premier rideau de fer. Au milieu des années soixante-dix, les premier touristes occidentaux affluèrent : l’officine de Lobsang fut la première à leur proposer ses services : location de portefaix.

Un juteux contrat avec l’agence de voyages française pour laquelle je travaillais le propulsa au premier rang des négriers de la place. Pasang, qui n’avait toujours pas un sou vaillant, se mit au service de son vieil ami Lobsang qui l’exploita jusqu’à la moelle, comme des centaines d’autres pendant vingt ans et plus, jusqu’au moment où le bras droit de Lobsang monta sa propre boîte avec Pasang pour associé.

Un gueux n’a rien à perdre que sa vie ; nombreux furent ceux qui la perdirent en travaillant pour Lobsang : porteurs gelés en bloc en haut des cols ou les doigts en moins ; dans leur masure le ventre vide ; bien trop tôt invalides, et ces veuves et leurs enfançons : moins que chiens.

Des dents. En or ça va de soi. Trois : un sourire large, épanoui sur une peau tirée lisse et luisante, derme dodu dessous, et la main potelée au doigts lourdement bagouzés. Deux chevalières. Et volubile : nous sommes du même bord lui et moi ; eux derrière sur un banc et nous deux face à face au grand bureau.

Une horripilation discrète et générale : c’est d’instinct que Lobsang me répugna dès cette première fois.

Marchand de chair humaine.


– Et puis, Pasang ?

– Après mon départ, il a enflé, enflé : de quinze groupes de trek par an à deux cent… Money, money, money. Tu es comme moi Cyprien : l’argent pour nous, c’est des patates : il en faut juste ce qu’il faut, sinon elles pourriront dans la resserre pendant que tes voisins mourront de faim.

***

Lobsang avait vu gros. Assis à son bureau. Il ferma les yeux et le plan de son hôtel de rêve resta imprimé sur sa rétine ; lentement se dissout en mosaïque sous les paupières ; il le savait, il le savait. Mais ça avait toujours marché : aller droit devant, foncer : ce culot qui l’avait jusqu’alors propulsé de son sort de porteur à celui de magnat du tourisme.

Des étincelles dispersées du plan qui retombaient comme les étoiles s’éteignant d’une bombe de feu d’artifice, il le vit en élévation. Son projet fou. Le luxe d’un palace au pied de l’Everest. La stupeur. Puis la stridulation perçante de l’acouphène ; la chute. L’épanchement et le caillot. Définitif.


– Il ne bougera plus jamais que sa tête, maintenant ?

– Oui : les meilleurs chirurgiens du monde entier l’ont vu ; c’est fini.

Après un temps de silence et en pensant aux porteurs morts dont les visages défilaient en nous, une seconde kretek s’alluma naturellement et parvint à nos lèvres. Et la nuit était là sans corneilles.



Pasang et moi en 2007 à Katmandou

 


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Du déjà vu

1842. Les Britanniques se retirent d’Afghanistan. Un pays juteux, quoique sec. Le raisiné y a coulé à flot : c’est la patrie des cinq cent variétés de vignes et du jus d’homme.

Il s’y étaient cassé les dents, évidemment. La raclée. Dix-huit mille morts d’un coup quelques années plus tôt et un seul survivant, épargné pour aller raconter l’histoire à ses copains. Les Britishers surent alors qu’il fallait vraiment être con pour aller se battre en Afghanistan. En 1978, les Soviétiques se fourrèrent jusquà l’os dans un nid de frelons. Leur peaux d’endives furent percées de mille dards. Leurs successeurs se vengent actuellement encore en Tchétchénie. Increvables Tchétchènes.

En Afghanistan, les Britanniques avaient appris une chose essentielle : on fait pas la guerre contre un ennemi, mais avec, pour filer le coup de main dans ses guéguerres à lui. Après, on engraisse son sultan et au final on rafle tout : pas vu pas pris.

C’est ainsi que les Brits conquirent l’Inde : avec quelque milliers de peignes-culs mal embouchés, de la poudre à canon et de perlimpinpin. Ils ramollirent les descendants des rudes Afghans, qui avaient eux-même fait main-basse deux siècles auparavant sur les 601 principautés constituant Les Indes. Nos ci-devants monarques eussent été plus au fait des choses coloniales, la face du monde aurait été changée : on jouerait à la pétanque en sifflant du picrate de Lahore à Chandernagor, et du Cachemire jusqu’au Cap Comorin la cohorte ininterrompue de képis blancs et bérets rouges feraient pâmer d’admiration les villageoises en saris de mousseline au beau milieu de leurs génisses.

Et là, t’as les Ricains qui déboulent avec leurs gros sabots et qui font boum-boum. Y a du gaz dans le pays, alors ça les attire. Les Soviets aussi aimaient beaucoup le butane afghan, mais comme ils le touchent à pas cher en Tchétchénie… Avec les cadavres, ils se sont même mis au biogaz. Avec les subventions maousses de la lutte des gros machins internationaux. L’afghan est mauvais combustible, lui. Pire qu’en Irak, où ils se sont faits berner par Saddam Hussein qui clamait partout posséder la quatrième réserve pétrolière du monde. Mon cul, oui : des vieux gisements de mauvais brut goudronneux dur à extirper de la caillasse. Et maintenant ils ont l’air fin, engoncés dans leurs tenues de combat qui en imposent mais c’est tout. Pan, t’es mort. Un Marines de moins, un. Quatorze pour le prix d’une douzaine, ça te va ?

Mais bon, malgré leur balourdise proverbiale, ils ont enfin pigé et repris le vieux principe angliche  à leur compte : s’incruster en loucedé dans le pays juste à côté. Le Pakistan. De là, on tire mieux. Peinards. Gros boum-boum en ce moment sur toute la zone montagneuse au nord du pays. Là où le vilain Ben Laden se terre comme un chacal depuis sept ans. Bouquet final du fils Bush, mieux qu’à Trocadéro le 14 juillet. 99 % de dommages collatéraux ; c’est les gens qui meurent, ça. Qu’est-ce qu’ils foutaient là, d’abord ? Hein ? Des gens de peu ; des gens de trop. Plus que deux mois à tirer. La quille, bordel ! Les élections, vite !

Ils sont à l’aise, mes Ricains : ils demandent même plus l’autorisation du gouvernement pakistanais, pour bombarder. Pas besoin : ils sont chez eux. À deux pas de l’Indus.

***

Après, chez nous ça donne à la radio, dans les journaux… les bribes qui dépassent, qu’on nous martèle :

Un haut responsable de l’armée française, sur France Inter, qui déclarait sans honte aucune que nos petits gars envoyés là-bas se battaient pour une juste cause : la lutte de l’Occident et de ses valeurs contre la barbarie des Talibans. Et les danger terroristes qui en découlent et nous menacent directement, bla bla.

Rien que ça… Oulala.

Et Bernard Kouchner avec son fameux trémolo hargneux et méprisant, qui insiste douloureusement sur le fait que cette mission a été bénie par l’ONU.

Certains prêtres hindous et même des catholiques, bénissent bien les bagnoles.

On bénit n’importe quoi, de nos jours…

De nos jours ?



 

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Au Couinisthan


Je le dis tout net : les Ricains me sortent par les trous de nez. Ils ne font rien qu’à couiner comme des sales mioches et jouer aux cowboys.

J’écoute à nouveau la radio depuis quelques jours et ça n’arrête pas : les speakers se succèdent en rafale au micro pour nous annoncer que ça craint aux USA ; gros cyclone en vue et tout le toutim. Après les jeux mondiaux de la dope et du fric dégueulasse en dictature chinoise, voilà qu’ils nous bassinent en relayant les jérémiades américaines.

Y a un cyclone, dis-donc ! Et tout le monde fout le camp en mouillant son froc ; le gros molosse aboie, alors les caniches de la presse européenne font leur concert de roquets, en guise d’écho. Un quart de seconde pour nous parler des 85 morts de Cuba, et des tartines de commerçants louisianais larmoyants sur leur stock de steaks congelés dégoulinants faute de jus.

***

Et pas un mot à propos de la rupture du barrage de la rivière Koshi, à la frontière indo-népalaise.

L’an dernier déjà : 8 millions de personnes évacuées, deux fois la France sous les eaux et au moins 6000 morts. Pas un mot.

Et cette année… La pire mousson depuis plus de cinquante ans ; les rivières qui dégueulent depuis l’Himalaya, dont les glaciers fondent dix fois plus vite que prévu par les plus pessimistes ; le déboisement accéléré par l’exploitation rapace ; négligence et corruption…

L’Inde, c’est les vaches sacrées, Mittal et Gandhi.

L’inde, c’est Noland à la radio ; mais les Américains, c’est quelque chose.

Ils peuvent pas s’empêcher.

Sortez les serpillières… pour essuyer les yeux de crocodiles des uns, et emballer les morts des autres.

 


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Écoutilles



À force de me durcir la feuille
je me boulonne les écoutilles
je ne vois rien non plus
plus rien du tout.
Qu’on croit, mais non.

C’est là que j’entends mieux ce qui se passe dans le monde ; à travers un filet ténu. J’ai bouclé la radio depuis des jours et des semaines, je ne lis plus que les grands titres de la presse en diagonale, je suis très loin de tout et plus proche que jamais. Il y a trop. C’est notre époque ; un gonflement des choses au détriment des idées, une oppression des méninges ; alors tout est confus, fatras, chaos et marigot.

Comme maintenant, exactement. Un temps aussi troublé qu’une avant-guerre, où tout est mélangé.
Nous avons des personnages publics tout à fait similaires à Doriot, tiens-donc…
Et un peuple toujours aussi bête et même plus.
Animal, plus machine.
Et puis des termitières immenses en béton, ça c’est nouveau. Et l’internet, l’eau chaude à volonté, tout plein de choses qui font de nos clapiers des hôtels chics.

Vaut mieux regarder ça en tirant une bouffée, le cul posé sur une poutre. C’est mieux ainsi.
Je ferais rien comprendre à personne, d’abord. Faut que je me me le martèle, d’ailleurs c’est déjà fait.

Je peux penser que c’est Vichy, mais je ne peux pas l’écrire sinon je me fais condamner, donc c’est Vichy. C’est aussi simple que ça.
Je peux penser que Philippe Val est un fasciste et Charlie un journal d’extrême-droite, mais je ne peux pas l’écrire ni le dire à haute voix en public, sinon il m’en cuira.

Alors je pense, tranquillement, comme une vache rumine.
Et je ne dis, ni n’écris.
Tiens : je pense depuis dix ans au moins que la Betancourt est une pisseuses grand-bourgeoise à la Carla Bruni, et depuis qu’on nous les broute avec son enlèvement, je me fais mal voir parce que j’en ai vraiment rien à secouer de cette bonne femme. Mais alors rien du tout, parce que quand tu as touché le fond pourri du monde comme je l’ai fait, t’en as vraiment rien à branler de ces babioles. Nelson Mandela, c’est d’un autre calibre, non ? Ça méritait qu’on se remue… alors que là, hein, faut pas trop m’en demander.

Je vous dis : c’est Vichy. Y a des zazous et des vieux dans mon genre qui s’en foutent en écoutant leurs chansons. C’est mieux que la TSF.
Je coupe. Ah ! ça va déjà nettement mieux.

La gauche, c’est la droite… Vous ne me croyez pas ? Et pourtant.
On en parlait avec Mumu qui part au Cambodge demain pour rejoindre son Gilbert, ce soir, au café.
Elle trouve qu’il y a de plus en plus souvent des articles plus à gauche que ceux de Libération… dans le Figaro. J’avais remarqué. Étrange, mais vrai.

Et tout le reste à l’avenant.

La gauche, c’est la droite !
Un vrai slogan Novlangue.

 

 

 


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