On voit le bout du tunnel, c’est ça.
On nous promet monts et merveilles, mais d’abord on ne sait pas qui est on, ni qui nous sommes ni pourquoi.
Rien.
On y va tranquillement, cependant. On nous a dit qu’il fallait en sortir, alors on y marche d’un pas allègre ou bien en titubant ; dedans.
Ah oui ça on le voit, et bien. Émerveillés, mes acolytes ; plein les mirettes ils en ont. Ils n’en démordent pas : quand faut y aller, faut y aller. Tout le temps ils y vont, jusqu’à ce qu’ils claquent. Le tunnel, il faut aller au bout.
C’est un bon tunnel pourtant, mais les collègues ne trouvent pas. Ils jurent que par la carapate. On en chie là-dedans, je le consens et le conçois, et le concède en passant pour faire bonne mesure, bon poids ; bon chat bon rat.
La lumière au bout du tunnel, c’est ça.
Mais je m’en fous de la lumière au bout. Je le dis tout net : je suis bien là ; j’y suis, j’y reste. Qu’est-ce qu’ils en savent si c’est mieux ? Et puis même : c’est bien ici, chez moi. Mon sol et mes parois et le petit lumignon tout là-bas au fond, qui tangue quand j’oscille dans la sanguine derrière le voile des paupières, juché sur mes deux cannes.
Derrière nous c’est l’enfer et devant, le paradis. Nirvana et tout ; avec houris ou pas. Pas ma tasse de thé, ça. Ça ne mérite pas le déplacement.
Alors finalement je suis bien, là, même si on dirait pas.
Derrière nous l’obscurantisme et le brouet de gruau et dans la ligne de mire : le beau progrès qui rend heureux avec des lave-vaisselle.
Option révolution. Ou non. changement de régime en douceur. Ou dans le sang. En avant. Nan. Pas de ça. Moi pas.
***
Alors finalement je suis bien, là, assis à la table de la cuisine à rêvailler en fixant l’ampoule de quarante watts au dessus de l’évier, un œil rivé au puits de lumière scintillant entre mes doigts enroulés autour du pouce.
La pilotique, c’est le rêve.



Tétanique dimanche
Sur l’internet, d’aucuns nous montrent leurs culs et leur replis intimes grossièrement pixellisés. Des prophètes y annoncent la fin des temps, pandémies et séismes, et des surrections de plaques tectoniques portant des insurrections de masses humaines…
***
Et puis il y a le bouton. Tant qu’il est fourni avec, tout va bien. Il suffit de tourner le bouton et plus rien. C’est facile : je l’ai fait aujourd’hui. J’ignore à peu près tout du vaste monde et un calme impérial règne à la cuisine. Je n’ai pas envie de faire les yeux effarés à la vue du sang qui coule de par le monde. C’est dimanche : trêve et rêvasserie.
J’ouvre un œil et sirote le café au lit. D’abord voir mes amis robots martiens : le malheureux Spirit est ensablé depuis des mois terrestres mais il vit. La sonde Cassini dévoile les drapures ondulées des anneaux de Saturne, imperturbablement.
Direction l’Ici-Blog. Plein de messages. Salut le monde ! Surtout ne pas lire le courrier : c’est dimanche. Une cliente ne sait pas que c’est dimanche : elle téléphone à l’atelier et je décroche et la tance vertement… mais enfin madame : c’est dimanche !
Il ne se passe rien d’autre le dimanche que les retombées du samedi. Le samedi, on s’est excités comme des puces alors on se repose le lendemain en ne tournant pas le bouton. Je fais un petit tour sur Rue89, sans conviction : la colonne des articles du dimanche est comme suspendue : rien ne s’y meut ou quasiment. Les copains s’amusent gentiment à charrier quelques psychorigides et je savoure leurs bons mots. La mordeuse de service est en forme aujourd’hui : pour Béa Ouanne, le dimanche est un jour comme les autres.
Trois points de suspension avant l’ouverture en grand des vannes du lundi…
Ce billet est dédié à Hélène Crié-Wiesner et à tous les rienfouteurs béats du dimanche.