Archives par tag : rêve

Cyp Unplugged

Allez hop : je débranche tout pour brasser du mot comme ça vient.

[scansion de chants sioux en fond sonore]

Les temps changent mais ça ne se sait pas ni ne se voit, ni ne se constate :  la peau épaisse et les roides oripeaux forment coriace carapace. Et pourtant : sous le caparaçon clinquant il n’est que misérable haridelle.

Plus rien n’est déjà comme avant ; cet avant que tant et tant persistent à croire toujours vivant.

En fait il n’y a plus que vers qui grouillent et des gens qui se dégrouillent en agitant leurs membres sur un corps en état de mort avancée.

J’aime quand ça craque aux entournures : ce son de grand vaisseau changeant de cap ; ces claquements secs de tôle et ces grincements de vieux bois : nouveau monde en vue.

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Je trie les pièces à l’atelier : barrettes de mémoire vive, cartes-mères, processeurs, disques durs. Petit brin de ménage : fin prêt pour l’accueil des clients ; porte grande ouverte sur la rue ; allumage du bâtonnet d’encens rituel ; la grosse machine ronfle déjà de tous ses ventilateurs. Une gorgée de café puis une clope. Calme comme un lundi, comme on dit.

***

Et pourtant ça s’agite, je vous dit : dans mon ciboulot comme partout ailleurs dans le monde. Un hémisphère cérébral occupé à établir un devis pour l’apiculteur du coin dont la machine a été foudroyée par le dernier orage, et l’autre à gamberger sur le sujet de ce billet : le quatre-vingt dix-neuvième depuis le 14 août de l’an dernier, date du début de mon retrait progressif des grands forums de l’internet.

Rompant amarre après amarre, je fais voguer l’Ici-Blog sur une mer d’électrons libres, loin des réseaux sociaux et de tout le tintamarre à paillettes qui me blesse désormais les yeux, rivés sur le grand large à l’horizon fuyant. Où va l’esquif ? pas la moindre idée, mais il y va gaillardement sans se poser de questions.

Je sais ce qu’il quitte par contre : le monde des faux ; faux-culs et faux semblants ; l’eau tiédasse et croupie du petit marigot et les tristes pions dansants du vilain bal masqué.

***

Dans un monde suffocant tout bien droit et à l’endroit, je fais tout à l’envers et dans la démesure, rebroussant le poil quand tous les autres le caressent dans le bon sens et la mesure. Être insensé dans une société sensée et chiante comme la mort, c’est ça le truc ; ça marche à tous les coups.

Quand je vois que quelque chose déconne grave de chez grave, je fais son contraire ; un peu à la manière des Heyokas chez les Lakota1 : ces chiens fous à la fois clowns et chamanes qui font tout à l’opposé.

E la nave va…

 

[bris de banquise]

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Bonii :

Pour m’dame kk et tous ceux qui aiment la grande Nina :

NINA HAGEN - TV Glotzer (White Punks on Dope)

Cliquer pour écouter.

Et pour Homère :

THE TALKING HEADS - Road to Nowhere

Cliquer pour écouter.

  1. Les Sioux ; c’est leur nom véritable.
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Un vrai rêve

Il est des photos ratées qui ne le sont pas, comme ces songes nous ravissant à deux doigts de l’éveil : de chaudes mosaïques dansent sous les paupières et d’un petit paradis nous passons à un autre en les soulevant lentement : il y a pire que ce monde où l’on se tient debout et sent si bon le café frais.

La lumière était dégueulasse, dans le fond, quand j’y repense. Et le photographe un piètre photographe.

***

Richard est passé poser des étagères dans l’atelier et le grand placard du petit salon, l’autre semaine. Alors j’ai brassé mes deux vieux cartons pleins d’images, ai nettoyé la vitre du scanner à l’isopropanol et étalé quatre diapos loupées dessus, dont celle de la jeune Shanti Devi du village de Malana dans les montagnes de l’Himachal Pradesh, en Inde…

 

 

Carte de l'armée US - vers 1970 - libre de droits - Cliquer pour agrandir.

 

J’aime les loupés : ils sont bons signes.

L’appareil photo déconnait ce jour-là ; un antique boîtier en grosse tôle tout cabossé et assez capricieux. Et puis j’avais pas envie de lever le camp. C’était trop bien Malana. Après trois mois de boulot avec des groupes de touristes piétons, ça faisait du bien de plus avoir à jouer au chien et au berger, tout à la fois. Et de plus entendre les réflexions désagréables et imbéciles de certains spécimens de mes compatriotes en goguette chez les sauvages dégénérés du mitan de l’Himalaya. D’être au pays, vraiment : le seul où je me sens bien. Sans boulet à traîner : les vacances enfin !

Et puis il fallait tracer, et donc partir encore, même que j’avais pas envie et mon compagnon de route Mukti non plus.

Alors j’ai dit bon, tant pis : je fais au pif, au flan à à la volée. Et clic et clac. Monsieur Sangat Ram, madame − Matadji : bonne mère − et leur fille Shanti à la fenêtre : gravés dans les sels d’argent sur la gélatine et l’acétate.

Et bye bye. Sac au dos se dandinant sur l’interminable sentier ; des mois et des mois à le marteler de nos chaussures, jusqu’au bout tant qu’à faire…

Dans la descente, plus loin j’ai pensé très fort : « J’aurai une fille et elle s’appellera Shanti Devi. »

Tous les grands marcheurs − salut à toi, l’Aigle ! −  rêvent de l’aube au crépuscule la tête posée sur un corps en pilotage automatique.

Et puis le rêve prends corps ; c’est ce qu’il fait toujours quand nous tendons les muscles de la volonté.

 

 

Vingt ans plus tard il y a une Shanti Devi pour de la vraie à la maison de l’Horreur© de Puycity. Et une autre qui n’a jamais grandi dans sa boîte en plastique, à la joue frappée par une orgie de photons endiablés rebondissant dans la pénombre de la pièce, mourant aux murs de planches tapissés de papier journal. Une qui dormait depuis vingt ans, dans sa boîte à diapos loupées.

 

Et Gaspard ? C’est une tout autre histoire ;-)

 

Ce billet est dédié à Pseudo et Neuf Dixièmes Qui Ne Va Pas Tarder, et à l’Aigle : Al Nasr Al Taïr… et à tous les conquérants de l’Inutile.


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Tétanique dimanche

Avec la complicité de Nono et Shanti - cliquer pour agrandir. On voit de ces choses… tous les jours c’est pareil : des faits divers et avariés, à gaver. Toujours le même train-train d’enfer qui ne s’arrête à nulle gare ; c’est l’actualité. Des gens meurent à deux pas de notre assiette et d’autres empochent des gros lots en souriant aux caméras.

Sur l’internet, d’aucuns nous montrent leurs culs et leur replis intimes grossièrement pixellisés. Des prophètes y annoncent la fin des temps, pandémies et séismes, et des surrections de plaques tectoniques portant des insurrections de masses humaines…

***

Et puis il y a le bouton. Tant qu’il est fourni avec, tout va bien. Il suffit de tourner le bouton et plus rien. C’est facile : je l’ai fait aujourd’hui. J’ignore à peu près tout du vaste monde et un calme impérial règne à la cuisine. Je n’ai pas envie de faire les yeux effarés à la vue du sang qui coule de par le monde. C’est dimanche : trêve et rêvasserie.

J’ouvre un œil et sirote le café au lit. D’abord voir mes amis robots martiens : le malheureux Spirit est ensablé depuis des mois terrestres mais il vit. La sonde Cassini dévoile les drapures ondulées des anneaux de Saturne, imperturbablement.

Direction l’Ici-Blog. Plein de messages. Salut le monde ! Surtout ne pas lire le courrier : c’est dimanche. Une cliente ne sait pas que c’est dimanche : elle téléphone à l’atelier et je décroche et la tance vertement… mais enfin madame : c’est dimanche !

Il ne se passe rien d’autre le dimanche que les retombées du samedi. Le samedi, on s’est excités comme des puces alors on se repose le lendemain en ne tournant pas le bouton. Je fais un petit tour sur Rue89, sans conviction : la colonne des articles du dimanche est comme suspendue : rien ne s’y meut ou quasiment. Les copains s’amusent gentiment à charrier quelques psychorigides et je savoure leurs bons mots. La mordeuse de service est en forme aujourd’hui : pour Béa Ouanne, le dimanche est un jour comme les autres.

Trois points de suspension avant l’ouverture en grand des vannes du lundi…


Ce billet est dédié à Hélène Crié-Wiesner et à tous les rienfouteurs béats du dimanche.

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Douceur d’Enfer

Photo de Pierre Auclerc - tritouillée par CypOn voit le bout du tunnel, c’est ça.

On nous promet monts et merveilles, mais d’abord on ne sait pas qui est on, ni qui nous sommes ni pourquoi.

Rien.

On y va tranquillement, cependant. On nous a dit qu’il fallait en sortir, alors on y marche d’un pas allègre ou bien en titubant ; dedans.

Ah oui ça on le voit, et bien. Émerveillés, mes acolytes ; plein les mirettes ils en ont. Ils n’en démordent pas : quand faut y aller, faut y aller. Tout le temps ils y vont, jusqu’à ce qu’ils claquent. Le tunnel, il faut aller au bout.

C’est un bon tunnel pourtant, mais les collègues ne trouvent pas. Ils jurent que par la carapate. On en chie là-dedans, je le consens et le conçois, et le concède en passant pour faire bonne mesure, bon poids ; bon chat bon rat.

La lumière au bout du tunnel, c’est ça.

Mais je m’en fous de la lumière au bout. Je le dis tout net : je suis bien là ; j’y suis, j’y reste. Qu’est-ce qu’ils en savent si c’est mieux ? Et puis même : c’est bien ici, chez moi. Mon sol et mes parois et le petit lumignon tout là-bas au fond, qui tangue quand j’oscille dans la sanguine derrière le voile des paupières, juché sur mes deux cannes.

Derrière nous c’est l’enfer et devant, le paradis. Nirvana et tout ; avec houris ou pas. Pas ma tasse de thé, ça. Ça ne mérite pas le déplacement.

Alors finalement je suis bien, là, même si on dirait pas.

Derrière nous l’obscurantisme et le brouet de gruau et dans la ligne de mire : le beau progrès qui rend heureux avec des lave-vaisselle.

Option révolution. Ou non. changement de régime en douceur. Ou dans le sang. En avant. Nan. Pas de ça. Moi pas.

***

Alors finalement je suis bien, là, assis à la table de la cuisine à rêvailler en fixant l’ampoule de quarante watts au dessus de l’évier, un œil rivé au puits de lumière scintillant entre mes doigts enroulés autour du pouce.

La pilotique, c’est le rêve.

 

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Belle saloperie

Cétoine sur fleur d'artichaut - Annie Luraghi 2008 - Cliquer pour agrandir


Ne pas se fier aux apparences ; jamais.

La bestiole là, est aussi belle que la fleur d’elle dévore. La cétoine qui grignote son artichaut. Mon artichaut en devenir, et me prive de mon manger.

Pourtant, en beauté la cétoine me dépasse. Elle n’a aucun mal. La fleur d’artichaut me bat elle aussi au concours de miss.

C’est comme les coccinelles. Le monde entier s’extasie sur ces carnassières sans merci. Mais personne n’aime les scutigères, qui ne font rien de plus mal.

Ceux qui aiment les animaux moches ne le font pas non plus par compassion, ou refus de l’anthropomophisme, mais hélas bien souvent parce qu’ils trouvent en ces hideurs, le reflet des leurs.

Seuls les voyants ne voient pas ces différences : ce sont les scientifiques, et pour eux rien ne compte d’autre que leur sujet, pour lequel ils éprouvent parfois du sentiment ; ainsi sont les herpétologues ; un exemple.

J’aime les artichauts, mais ce n’est pas réciproque. Je profite de leur statut de plante pour leur ravir le capitule et en faire mon régal dans l’assiette inclinée, fourchette posée dessous, trempant la chair au bas des feuilles dans la vinaigrette.

Et si par hasard les cétoines étaient comestibles, je les mangerai sans hésiter.

Mais j’ai un cœur de midinette, alors quand j’en vois une errer sur le plancher, je la saisis très délicatement et la pose sur le rebord de la fenêtre, face aux rosiers du jardinet de la maison d’Edith.

***

Il n’y a aucune morale : le monde en est dénué.

Ou alors si : nous voyons les choses et les êtres, ils excitent nos sens ; nous en tirons des pensées… nous les mangeons aussi, quand ça nous arrange. Et nous aimons leurs formes.

L’intérieur est un tout autre monde.

 

 

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Sécher Ganja Poêle

À sept heures et demi du soir, je me suis dit : c’est l’automne. Deux indices qui ne trompent pas : depuis quelques jours déjà des gens arrivaient sur mon blog en tapant « Hexaspray » 1 comme mot-clé dans leur moteur de recherche. Et ce soir quelqu’un est arrivé ici par ces trois mots dans Google : sécher ganja poêle. Ça veut dire qu’il a déjà rentré tout ou partie de sa petite plantation de fumette et qu’il est impatient de goûter. Je vois tout ça sur ma console de pilotage et je déduis le reste.

La plupart du temps c’est en effectuant des recherches cochonnes que les lecteurs occasionnels débarquent. Je vous fais grâce de leurs ignominies… La ganja, c’est la première fois. Cherchez pas : j’en ai pas. C’est panne pour tout le monde dès l’avril, car chez fumeurs on tire sans compter, jusqu’à racler le pochon vide. Seuls les pépés du calumet font durer leurs miettonnes des éternités, d’une demi-pincée d’inflorescence poisseuse comme une datte d’oasis.

Le gars, là, c’est un p’tit jeune à tous les coups. Sécher ça dans une poêle… j’t'en foutrais, moi… gâchis. Je fais mon vieux tromblon parce que j’aime ça ; faut bien qu’il y ait avantage à l’âge… mais j’ai fait pire  en mon temps : micro-ondes. Oui et j’ai même pas honte. C’était dégueu… mais moins pire que la poêle, tout de même. Sauvages. Tout minots déjà, on fumait des lianes dans la forêt vosgienne, en shorts et genoux pleins de boue, en bande près des terriers de renards. L’éclate. Tousse-tousse. Vîîîîouuuuu ! La tête qui tourne, le goût suave de glycine… Que des mélanges louches ; jusqu’à la marjolaine ; c’est pour dire comment on crevait d’envie de se défoncer.  Plus tard du haschisch libanais, rouge.  Du turc vert. L’acide aussi, de toutes les couleurs. On faisait de ces mixtures… Faut parler de ça uniquement dans les romans. C’est pour ça qu’ici, c’est un roman. D’accord ? On dirait comme ça, tous ensemble : le Blocacyp, c’est un RO-MAN ! Et un roman ment, je vous assure et vous rassure. Gentil. Panier.

Je fais gaffe : on est dans une drôle de démocratie. Je suis libre de ne pas évoquer les phénomènes de masse, c’est certain. Je suis libre du contraire, mais pour une courte période seulement, dans ce cas. J’ai le choix entre une liberté aménagée longue et une liberté tout court et très courte. Super. Démerde-toi avec ça… Un roman sur le chichon, nous disions donc. Enfin, l’herbe. La ganja, dont c’est bientôt la saison. Et je donnais des conseils aux petits jeunes… pouf-pouf… j’ai presque perdu le fil, dites… AVC ou THC ? Ou les deux ? Ou aucun du tout.

Tabac, bâton d’encens au fond de l’atelier, radio éteinte, café serré. Juste un peu de fatigue, et le rêve.

Pousser le mot jusqu’au bout de la ligne, douillet-pelisse.

 

 

  1. Un médoc pour la gorge que j’avais évoqué au tout début du blog (l‘Angine)…
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