Pendant ce temps-là, ça s’entredéchire au loin. Pas très loin : à quelques pas à peine de la terrasse, des grands enfants traitent leur petite sœur de grosse truie. Plus loin à peine, ça gueule entre homme et femme dans un logis.
Les chiens se parlent, la nuit. Les terres émergées sont couvertes par les émetteurs de Radio Clébard. Je pensais souvent ça sous la toile, dans les hautes vallées himalayennes, percevant les échos du concert nocturne des cabots dans l’air ténu.
Ainsi les conflits se propagent : par la voie des airs. L’homme frappant sa femme entend celui qui entend celui qui, celui qui… loin loin loin ; au Kivu, tiens : mutile à la machette une jeune fille.
Faudrait pouvoir tourner le bouton. Il y a des zones blanches heureusement. Sur la terrasse et posée sur le guéridon1, c’est la paix. Elle se déguste lentement, précieuse comme du thé vert long aux fleurs.
Elle est si délicieuse, aux fruits rouges confits. Tentante au point d’en tomber en amour. Et puis gracieux ornement de chevelure. Sans elle à goûter, quel plaisir ?
Pourtant le monde se bat, au coin. C’est bien, de se battre, il paraît. Des fois je me bats ; je me suis battu ; je me battrai encore. Mais pas là ; c’est bien, là. Je me pose, là. Un de plus, un de moins : les guerriers n’y verront que du feu ; je passe inaperçu. Je fais chier personne.
On boucle la gueule à un chien, pas à l’esprit canin planétaire qui aboie nonobstant.
« Je suis un chien ? perhaps ! »
Léo Ferré – Il n’y a plus rien
- forgé avec amour par Tamsin




cyp – 2006

Bon voisinage
Une « bouche de lion », boite aux lettres pour les dénonciations anonymes au palais des Doges, à Venise.
Cet après-midi, notre bonne amie Tamsin, dont j’ai souvent parlé Ici, a filé à Annie une photocopie d’un courrier d’avocat reçu par son homme − François, gros con de droite et ex plus gros pinardier de la contrée ; l’homme le plus abominé à cent bornes à la ronde.
Depuis sa faillite il y a deux ans, c’est le déchaînement : la foule écume au pied de l’échafaud, bavant à l’idée de piétiner le social-mort… et Tamsin qui l’a rencontré à ce moment-là a perdu nombre de ses amis − de gauche, bien évidemment − au passage. Car quand on est de gauche, il est rigoureusement interdit d’avoir des amis de droite sous peine de s’exposer à des sanctions pénales, voire à l’excommunication.
Toutes ces conneries ne leur entament pas le moral et quand je leur ai téléphoné tout à l’heure pour demander s’ils étaient partants pour que je colle ce morceau de bravoure à la une de l’Ici-Blog, ils étaient à table la bouche pleine de boustiffe et bien enjoués. Hardi petit : idéal pour une ponte-express…
C’est un lieu commun : on dit qu’il ne vaudrait pas avoir eu Roger Velu pour voisin au temps de la guerre contre Hitler. C’est vrai :
ATTESTATION
Établie en vue de sa production en justice, conformément aux Articles 200 et suivants du Nouveau Code de Procédure Civile.
Je soussigné(e)
Nom et prénoms : VELU Roger
Date et lieu de naissance : 14-03-1962 à Vieussac (46)
Nationalité : Française
Profession : Artisan Donneur
Adresse : Les Gonadouilles, 46840 Crassac
Témoigne des faits suivants pour y avoir assisté ou les avoir personnellement constatés. [blabla juridique habituel...]
« Je certifie que M. Pinardier François habitant Crassac ne vit pas seul dans sa maison. Et en tant que voisin le plus proche et surélevé géographiquement, je vois bien que le véhicule Peugeot blanc immatriculé 46700 KZ 46 est là quotidiennement.
Le jour de son départ en clinamen 136 A.’P pour se cacher pour cause de faillite, c’est cette personne féminine là qui a déménagé toutes ses affaires pour les ramener 3 mois après avec les siennes.
Et depuis elle habite là et y travaille même parfois car j’entends des bruits de machines à couper le fer. Et je peux affirmer aussi que cette dame là part tous les matins entre 8h30 et 9h pour rentrer le soir entre 18h30 et 19h30, sans compter les va-et-vient de la journée. Et pas mal de voitures y viennent aussi à toute heure du jour et de la nuit.
Mes fenêtres donnant sur son chemin d’accès et sa maison, je sais de quoi je parle. »
Le 15 merdre 136 A.’P
(signature)
[scritch scritch]
Il est préférable de joindre une photocopie de la carte d’identité.
Ne pas oublier de dater et signer l’attestation
[NDK : seuls les lieux, les noms et les dates ont été modifiés]