
Inconcevable Soleil
2 septembre 2010Ainsi (dé)vole-t-on
22 août 2010La Prajnaparamita n’est pas « connaissance transcendante » mais « au-delà de la connaissance ». De même pour les cinq autres paramitas : ce sont des vertus transcendées et non transcendantes, non des hyper-vertus mais des « autre chose — bien au-delà — que des vertus ». La danaparamita, par exemple, ne consiste pas à bien donner, avec noblesse, etc. mais à donner sans donner, à ne pas donner, à dépasser la générosité et tous ses petits signes en donnant pour déborder du don. De même pour la discipline, la patience, etc. Alors, qu’est-ce que cette connaissance qui ne connaît pas ? Elle ne connaît pas parce que celui qui connaît, l’objet connu et l’acte de connaître n’ont pas l’ombre d’un atome d’existence réelle. C’est tout.
Que notre ami repose en paix !
7 août 2010Retour
6 août 2010Herméneutique ;-)
5 juillet 2010Il faut prendre appui sur quatre supports précis quand on veut comprendre un enseignement. Un soûtra entier leur est consacré. Il faut donc s’appuyer sur l’enseignement plutôt que sur celui ou celle qui le donne. Sur son sens plutôt que sur les mots qui l’expriment. Sur le sens définitif plutôt que provisoire. Et à l’aide de la forme d’intelligence appelée « sagesse » plutôt qu’à l’aide de la conscience discriminante.
La sagesse dont il s’agit est, dans un premier temps, la Connaissance née de la méditation. Comme le Soûtra du Dévoilement des mystères l’écrit :
Cette Connaissance permet aux « bodhisattvas de tenir compte de la lettre du texte ou de ne pas le faire, puisque, de toute façon, ils en saisissent l’intention, laquelle apparaît dans les images qui font l’objet du samâdhi en accord avec la nature des choses. »
Personnellement, en samâdhi je ne suis pas très fort, mais on est forcément concentré, parfois.
Grève générale
25 juin 2010Pour ma part, je suis confus, perplexe, fatigué, mais « heureux ».
Et vous ?
Pressé par le temps, je pousse la lime. Inconscient, je vais me promener au soleil, malgré les ronces, les orties, les taons. J’évite la boue qui n’a pas eu le temps de sécher ; les bouses qui, avec les fils de fer barbelés, compliquent ma promenade. Enfin torse nu, en ce 24 juin, je marche sous les grands chênes, près des grands pins, au bord de la prairie. Rousses, les vaches meuglent à mon passage. Mouches, les bagnoles vrombissent plus loin, sur la « grand-route ». Je pense que je ne devrais pas penser, mais je pense — que je ne devrais pas penser : juste marcher au soleil et à l’ombre, à l’ombre et au soleil. Quand donc vais-je atteindre la route ? Je l’entends, pourtant. J’entends la route ; je marche sur le chemin : accéderai-je un jour à la voie, la Voie, la VOIE ? J’en désespère. De la route comme de la Voie.
Je pense à mon maître. Car j’ai un maître. Je n’ai pas un maître comme j’ai une femme. Je n’ai pas de femme comme on a une montre. Ma montre m’a ; ma femme ne m’a pas. Je pense. Je n’arrête pas de penser. Je pense à ce que cela pourrait être que de ne pas penser. J’y pense et ne parviens pas à me le représenter. J’ai des pensées. Ces pensées m’ont.
Je pense à Dédé. Dédé qui, bras pensant du Dr Payet, me soignait, me prodiguait ses soins, me donnait un soin. Se donnait. Je n’avais pas Dédé. J’avais mal, peur, espoir. Tout cela, je l’ai encore. Mais je pense à Dédé. Je pensais à lui en marchant ; j’y pense en écrivant.
Dédé est très malade. Il a une tumeur au cerveau. Lui qui me plantait une trentaine d’aiguilles sur le corps, de la tête aux pieds, lui, Dédé de Montpellier, il a un champignon là-haut, dans le crâne. Un truc qui le paralyse à moitié ; un truc qui effraie tous ceux qui y pensent. Un vraiment sale truc. Il vient d’arriver en Dordogne. Il veut participer aux wang que Tenga Rinpoché va donner pendant le week-end. Il aime méditer. Il aime les gens, la santé, la vérité. Je le verrai peut-être demain midi, demain après-midi. J’ai, pour ma part, fort peu envie de participer à ces « initiations » : mais je comprends que Dédé veuille le faire malgré sa faiblesse, sa fatigue, sa douleur. Oh, comme je le comprends. J’ai peur de le voir tout maigre, de le voir angoissé et de m’angoisser avec lui. J’ai peur de m’angoisser. J’angoisse déjà et j’ai peur. Je n’ai aucun remède, aucune jolie phrase, rien à lui offrir pour l’apaiser. Ma présence toute simple, à la rigueur, et la sincérité de mon souci à son endroit. Mon souci pour lui, pour sa femme, ses enfants, ses patients, ses jours, et cette idée qu’il avait, et qu’il a peut-être encore, de soigner les autres, de soigner ce monde qui va si mal.
Il ne m’a pas guéri au sens propre, mais il m’a soigné, et je lui en suis très reconnaissant. Commet lui manifester ma reconnaissance ? Non, comment lui alléger la vie ? Comment l’aider à s’apaiser ? Peut-on s’apaiser quand on a un champignon dans la cervelle, une tumeur au cerveau ?
Et qu’on ne vienne pas me parler d’hallucination !
Ou alors, nous serait-il possible de comprendre que nous ne souffrons de rien d’autre que de nos hallucinations ? Cela se peut, DISENT certains. Mais je ne l’ai jamais vraiment vu. J’ai vu Khenpo Nyoshul Rinpoché souffrir d’un cancer du cerveau, SOUFFRIR à en rester prostré toute la sainte journée, souffrir à ne plus pouvoir rien faire, rien dire, souffrir à n’être plus que douleur, angoissante douleur, souffrir jusqu’à la mort.
Je n’ai pas le courage, même en ma seule pensée, de prendre sur moi la souffrance de Dédé, la souffrance d’un seul être qui souffre, alors comment puis-je continuer de prier et de me raconter que je prends sur moi la souffrance de tous ceux qui souffrent ?
La souffrance est aussi insupportable que les simagrées qu’elle suscite.
Je suis désolé, du fond du coeur désolé.
Je suis confus, perplexe, fatigué, et je n’oserais plus dire, pour l’heure, que je suis « heureux », même entre guillemets.










